Chronique Tableau final de l’amour de Larry Tremblay

Sarah Gastel Librairie Terre des livres (Lyon)

Avec Tableau final de l’amour, Larry Tremblay nous fait entrer dans l’atelier et la psyché de Francis Bacon, considéré comme un désaxé ou comme un artiste provocateur génial en avance sur son temps. Tout simplement sublime.

Dans ce texte organique d’une humanité vertigineuse, librement inspiré de la vie du peintre, l’écrivain canadien fait le récit d’une quête artistique radicale, sans compromis, dans une Europe traversée par deux guerres, et celui d’une passion destructrice. S’adressant à l’amant qui lui a servi de modèle, un « petit voleur inexpérimenté », Francis Bacon retrace les errements de leur relation tumultueuse et opère un retour sur sa vie, des sources de l’enfance aux années de prostitution à Paris, en passant pour son goût pour l’alcool et les mauvais garçons. Ce qui est fascinant tout au long de ce formidable roman, c’est qu’on sent également son désir brutal de vivre, sa recherche effrénée du plaisir dans la souffrance et le fait qu’il ne puisse peindre que dans le chaos. Lorsqu’il parle, il n’est pas à côté de sa peinture, il est à l’intérieur d’elle, il la vit, il continue de peindre et il fallait tout le talent de l’auteur de L’Orangeraie pour transmettre, avec son écriture brute, entre épure et poésie, la violence de ces sensations et nous jeter au cœur d’une expérience où l’amour et la fureur se confondent, où les corps et les gouaches se révèlent une seule et même chose. À travers le portrait de cet électron libre vivant dans l’imminence du désastre et qui s’use à vouloir trop aimer, Larry Tremblay livre un texte splendide sur la création et l’abandon des corps. Hommage à celui qui était convaincu que « l’art se nourrit autant d’or que d’ordures », ce roman est aussi un fulgurant chant d’amour traversé par des ombres inquiétantes et un érotisme incandescent. Tableau final de l’amour, c’est une brûlure qui, en même temps qu’elle éclaire la part d’ombre en chacun de nous, nous expose au délicieux danger d’y sombrer. L’un des grands romans de la rentrée.

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