Littérature française

Alice Zeniter

Toute une moitié du monde

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Chronique de Sarah Gastel

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Dans ce plaidoyer jubilatoire et captivant, nourri de ses lectures, Alice Zeniter élargit les horizons de la fiction en montrant la nécessité de changer la manière dont on écrit les histoires.

Avec Toute une moitié du monde, Alice Zeniter poursuit son étude sur la fabrique des représentations dans la fiction initiée en 2021 dans Je suis une fille sans histoire, paru aux éditions de L’Arche, qui interrogeait la place accordée dans les histoires aux personnages féminins. Ce texte apporte une nouvelle grande bouffée d’air dans nos vies façonnées par la littérature ! Ni essai ni rêverie mais dialogue vif et malicieux qui nous invite à repenser nos façons de lire et prend à bras-le-corps de nombreuses problématiques nées des rapports entre le réel et la fiction dans un champ littéraire dominé par le masculin. Comment lire ? Quelles sont les histoires qui nous amènent en pays textuel ? À qui s’identifie-t-on lors de nos lectures ? Quels sont les modèles dont on hérite ? Comment sortir du roman « as usual » ? Autant de questions que soulève l’autrice en rebondissant de textes en auteurs, de Toni Morrison à Zora Neale Hurston en passant par Virginie Despentes. Alice Zeniter dissèque l’invisibilisation systémique des femmes dans le corpus canonique, déplore la rareté des romans mettant en scène des héroïnes actives et la faible représentation, en terres fictionnelles, de certains personnages comme les personnes racisées ou porteuses de handicap. La romancière évoque aussi le cadre sexiste dans lequel les autrices évoluent, les préjugés stigmatisant les « livres de bonnes femmes » et confie ses propres difficultés comme le fait de s’abstraire du male gaze. Il existe encore toute une moitié du monde à considérer, nous dit-elle, et « ce n’est pas aux seuls auteurs et autrices qu’il revient de révéler cette moitié, c’est aussi aux maisons d’édition de porter leurs projets, aux critiques, aux lecteurs et aux lectrices de ne pas demander à leurs œuvres de se lire comme d’habitude°».

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