Chronique Canoës de Maylis de Kerangal

Sarah Gastel Librairie Terre des livres (Lyon)

Maylis de Kerangal encapsule la voix humaine dans Canoës, recueil de nouvelles qui dévoile la singularité et les fêlures de chaque être. Une incursion brillante et inspirée dans les formes brèves.

Alors que les bouches ont disparu sous les masques, l’écrivaine canote sur la vaste confluence des vibrations sonores qui nous connectent les uns aux autres et piste « les voix comme l’or des rivières ». Elle nous immerge dans ce nuancier vocal, révélateur de nos vies intérieures, conçu comme « un roman en pièces détachées » avec une nouvelle centrale autour de laquelle gravitent sept satellites. Dans ces huit récits, où chaque voix est captée dans un moment de fragilité ou d'incertitude, huit narratrices cherchent leur tonalité propre à la première personne. Alors que dans « Bivouac », une traductrice, qui souffre d’une mauvaise occlusion de la mâchoire, s’interroge sur la façon dont parlaient les hommes et les femmes de la préhistoire, la narratrice de « Ruisseau et limaille de fer » apprend à moduler sa voix aiguë avec un coach vocal pour travailler à la radio. Dans « Oiseau léger », c’est une jeune femme qui demande à son père d’effacer du répondeur du téléphone la voix de sa mère disparue cinq ans plus tôt. Ce fil conducteur qu’est la faculté d’émettre un son et de l’articuler innerve aussi la nouvelle la plus longue intitulée « Mustang ». L’on y suit une Française venue rejoindre dans le Colorado son compagnon Sam, avec leur fils, Kid. Tandis que l’enfant s’adapte à la vitesse de l’éclair et que Sam adopte peu à peu le timbre de ceux d’ici, la jeune femme déboussolée multiplie les échappées au volant de la voiture mythique de l’Amérique. À travers Canoës, l’autrice de Réparer les vivants (2014) ou plus récemment d’Un monde à portée de main (2018) déploie ce second visage qu’est la voix, son rôle dans nos vies sociales et intimes, sa capacité à rendre présent les absents et à faire ressurgir les souvenirs. Un recueil émouvant qui dit aussi l’étranger qu’on porte tous en soi.

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