Littérature étrangère

Steinbeck, nouvelles moissons

Previous Next
  • John Steinbeck
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Charles Recoursé
    Coll. «Du monde entier»
    Gallimard
    13/10/2022
    695 p., 25 €
  • Dossier de Sarah Gastel
    Librairie Terre des livres (Lyon)
  • Lu & conseillé par
    23 libraire(s)

Par Sarah Gastel

Librairie Terre des livres (Lyon)

Pour les 120 ans de la naissance de John Steinbeck, les éditions Gallimard rééditent les emblématiques Des souris et des hommes et Les Raisins de la colère, deux classiques qui n’ont pas fini de dire ce qu’ils ont à dire, ainsi que Journal russe, reportage en URSS en compagnie de Robert Capa.

Après la retraduction de Des souris et des hommes par la romancière Agnès Desarthe qui fait revivre l’amitié entre Lennie et George, deux ouvriers agricoles en quête de travaux journaliers dans les ranchs californiens, le traducteur Charles Recoursé donne son interprétation de cet autre monument de la littérature américaine, Les Raisins de la colère. Best-seller dès sa parution en 1939, sublimé par le réalisateur John Ford, ce classique intemporel raconte l’odyssée de la famille Joad sur la route 66, chassée de chez elle par la misère, la mécanisation du travail dans les exploitations agricoles et le Dust Bowl. Appâtée par les mirages d’une vie plus digne en Californie, cette tribu de métayers du Midwest s’entasse dans un pick-up. Arrivé à destination, les Joad déchantent. Le travail manque et ceux qui les voient arriver les rejettent. Exil, racisme, conditions de travail inhumaines, agriculture intensive et catastrophe climatique. Les Raisins de la colère, roman de la Grande Dépression, résonne étrangement aujourd'hui en décrivant la déshumanisation des plus démunis. Ces déshérités constituent des personnages inoubliables, en quête d'une conscience collective, que Steinbeck individualise avec tendresse et dont la manière de parler constitue l’un des enjeux de la traduction de Charles Recoursé. « Chez ces paysans peu instruits et contrairement à ce que voudrait une certaine conception de la langue, la maladresse d’expression n’est pas le signe d’un défaut d’intelligence ou de sensibilité. Ils sont complexes, capables de dureté comme de tendresse, déterminés ou sujets à l’abattement. Il importe donc de viser la justesse : maladresse oui, ridicule ou dérision, non. » Autre événement de cette fin d'année, la réédition de Journal russe, publié pour la première fois en intégralité en français dans une traduction de Philippe Jaworski. En 1947, l’écrivain américain et le photographe Robert Capa partent en URSS à la découverte du peuple soviétique dans un climat de tensions croissantes entre l’Ouest et l’Est. Pendant quarante jours, nos deux comparses s’entretiennent entre deux agapes avec des fonctionnaires du régime et des hommes du peuple, déambulent dans une Kiev meurtrie par la guerre, visitent un village agricole en Ukraine ainsi que la Géorgie. Ils noteront la chape de morale qui pèse sur la jeunesse, le contrôle de la presse et l’espoir qui anime tout un peuple. Magnifiquement illustré par soixante-neuf clichés en noir et blanc de Capa, un reportage journalistique mythique et non exempt d’humour.