Chronique L'Espèce humaine de Charlotte Delbo, David Rousset, François Le Lionnais, Robert Antelme, Jean Cayrol, Elie Wiesel, Piotr Rawicz, Jorge Semprun

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

Soixante-seize ans après la libération des camps, c'est dans un contexte actuel particulier qui voit une résurgence accrue de certains discours qui ont, par le passé, mené à l'horreur absolue, que paraît chez Gallimard la plus indispensable des Pléiades, L'Espèce humaine et autres écrits des camps.

Sous la direction de Dominique Moncond'huy, professeur de littérature du XVIIe siècle à l'Université de Poitiers, avec la collaboration de Michèle Rosellini, maître de conférence en Lettres modernes à l'ENS de Lyon, et d'Henri Scepi, professeur de Littérature française du XIXe et du XXe siècles à Paris 3, sont regroupés dans ce volume les écrits publiés entre 1946 et 1994 de survivants des camps qui ont décidé de raconter l'irracontable, leur expérience de cette « catastrophe qui a ébranlé les fondements mêmes de notre conscience » (Jean Cayrol), « la démolition d'un homme » (Primo Levi). Avec un tel projet, on comprend l'ampleur de la difficulté à choisir les textes, tant chaque parole, chaque témoignage, chaque œuvre, est important. « Ce volume propose un parcours à travers la mémoire écrite des camps telle qu'elle s'est constituée en France au fil des ans […] dans une perspective française et francophone, tant il est vrai que la réception de cette parole des rescapés s'est avérée liée au contexte spécifique, notamment politique, de chaque pays au lendemain de la guerre », explique Dominique Moncond'huy. On retrouve dans cette Pléiade les textes de David Rousset, François Le Lionnais, Robert Antelme, Jean Cayrol, Elie Wiesel, Piotr Rawicz, Charlotte Delbo et Jorge Semprun. Tous ont vécu l'horreur des camps, tous ont voulu témoigner de ces événements sans perdre de la violence traumatique, de la vérité de leurs expériences, tout en cherchant à rendre intelligible ce qui échappait à l'entendement humain, « préserver la vérité de la vie par la vérité de la littérature » (Perec). Pour certains, la rédaction de ces textes se fit concordia rerum et verborum, en même temps qu'ils vivaient ces événements. D'autres ont attendu, parfois longtemps, avec la difficulté aussi d'être lus, entendus, car, très rapidement, ce qui posa problème fut la réception de cette parole. Encore aujourd'hui, il est difficile de réunir ces écrits sous un terme générique. À celui de « littérature concentrationnaire », Jean Cayrol préfère utiliser la « littérature lazaréenne » qui met en avant cette littérature de la « revenance », cette traversée de la mort à la vie. Les classer dans la littérature de témoignage serait nier leur qualité littéraire car chaque texte est aussi le lieu d'une recherche stylistique, poétique. Au-delà de ces débats, il y aura un élément sur lequel tout le monde s'accordera, l'absolue nécessité de lire ces textes, d'entendre ces voix, toujours et surtout aujourd'hui.

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