Chronique Rien ne t’appartient de Nathacha Appanah

Linda Pommereul Librairie Doucet (Le Mans)

Dans Rien ne t’appartient, Nathacha Appanah recompose les pièces manquantes d’un puzzle, celui d’une identité fragmentée par le spectre d’un régime totalitaire. Le portrait bouleversant d’une femme qui, par l’exploration de ses propres ténèbres, renaît.

Nathacha Appanah est l’auteure du très remarqué Tropique de la violence (Gallimard et Folio) qui lui a valu tous les éloges tant par la maîtrise du style que par sa description de la vie mahoraise, Mayotte devenant le théâtre d’une vie précaire et de violence alimentées par la source intarissable des migrants qui viennent s’échouer sur ses côtes. Dès les premières pages de Rien ne t’appartient, le trouble s’installe. Depuis la mort de son conjoint Emmanuel, la vie de Tara vacille comme la flamme d’une bougie qui peine à trouver la lumière dans cette obscurité du quotidien. Tara puisait sa vitalité dans la personnalité réconfortante de cet homme plus âgé qu’elle. Peu à peu, elle chancelle. Elle n’arrive plus à entretenir ce bel appartement où l’absence grandit la laissant obsédée par un chagrin mêlé à une autre sensation. Qui est ce jeune garçon qui la regarde assis dans son canapé ? Pourquoi a-t-elle si peur à chaque fois qu’il apparaît ? Des fragments, des images. Les souvenirs affluent. Elle fait des allers-retours dans sa tête. Elle balbutie car les mots la fuient. Comment expliquer tout cela à son beau-fils ? Peu à peu, la réalité lui échappe. Mais qui est cette Vijaya ? Le garçon ne lui fait plus peur. Elle se souvient. Les jours heureux font irruption. Les parfums, les saveurs, cette douceur de l’enfance immuable à ses yeux jusqu’à ce jour terrible. Dans la langueur d’une journée d’été, la peur montre son visage. La violence tenue à distance s’abat dans les cris, promesse de souffrance et d’oubli. Certains régimes ne supportent pas qu’on laisse grandir les petites filles. Ils emportent les êtres aimés. Un récit qui nous plonge dans la noirceur du monde. Nathacha Appanah, en virtuose, expose le lecteur à la fureur. Notre héroïne irradie par sa présence alors qu’elle est une ombre parmi les ombres, inconsciente de ce qui se joue dans les décombres de sa mémoire. Nathacha Appanah signe un roman troublant porté par une prose imagée, vertigineuse et hypnotique.

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