Chronique Marcher, une philosophie de Frédéric Gros

Linda Pommereul Librairie Doucet (Le Mans)

À la fois traité philosophique et définition d’un art de marcher, cette édition de Marcher, une philosophie, augmentée et illustrée par Alain Boyer, ravira les passionnés de la marche et les incurables sédentaires. En compagnie d’illustres penseurs, un ouvrage érudit qui ouvre la voie.

Un pas devant l’autre et c’est une idée qui nous vient. Comme si nos jambes étaient le moteur de nos pensées. Frédéric Gros, spécialiste de Foucault, insiste sur la libération des idées que la marche offre au philosophe comme à l’écrivain. Dans l’effort ou la flânerie, l’esprit devient disponible. Marcher pour se libérer, échapper à l’utile, au conditionnement, aux contraintes sociales, à la vitesse. Prendre le temps d’un silence, car « dans le silence de la marche, quand on finit par perdre l’usage des mots (…) dans ce silence, on écoute mieux alors. » En compagnie de philosophes, de voyageurs célestes, Frédéric Gros constitue une petite anthologie des penseurs de la marche. Les portraits qu'il fait de Nietzsche, Rousseau, Thoreau, Rimbaud ou même Gandhi donnent corps à leur démarche intellectuelle ou spirituelle. Pratique physique, touristique, thérapeutique ou initiatique, que ce soit pour se dépasser ou pour se recentrer, la marche offre un espace de liberté incroyable dans un monde qui manque d’imprévus. Dans cette somme précieuse, l’intérêt est porté à une conception philosophique qui associe le corps et l’esprit. Le mouvement est nécessaire à la structuration de la pensée. Ces auteurs marcheurs nous montrent qu’elle est la meilleure façon d’être ou de naître au monde comme si cet exercice permettait un déplacement intérieur et extérieur. « Je suis un piéton. Rien de plus », écrit Rimbaud, vagabond enchanté. Et que dire de Hölderlin dont les errances imaginaires l’amenèrent à élaborer une véritable allégorie du voyage qui structura sa pensée et sa poésie. L’homme habite le monde en marchant. La marche permet d’appréhender l’espace autrement et de se voir soi-même autre. C’est peut-être cela la finalité : s’extraire de sa propre identité pour nous ramener à l’essentiel.

 

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