Littérature française

Françoise Chandernagor

L'Or des rivières

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Chronique de Linda Pommereul

Librairie Doucet (Le Mans)

Dans un récit aussi documenté que poétique, Françoise Chandernagor, dans L’Or des rivières, prend le temps de nous présenter sa Creuse, son île, le pays et les paysages de son enfance à travers ses racines. Une histoire familiale qui croise la grande Histoire dans un texte qui fourmille d’anecdotes et de passion.

Grande dame de la littérature, haut fonctionnaire émérite, membre de l’Académie Goncourt, autrice d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels L’Allée du roi, L’Enfant des Lumières ou plus récemment la grande fresque historique, La Reine oubliée, Françoise Chandernagor a croisé le fer avec toutes les époques. Dans son nouveau roman qui joue entre fiction et récit autobiographique, cette descendante d’une famille de maçons creusois explore ses racines familiales dans une véritable déclaration d’amour. Une ode aux rivières et aux forêts d’un territoire encore préservé mais si souvent méprisé ou ignoré. Un livre nourri de souvenirs et d’anecdotes qui remontent à l’enfance dans une certaine nostalgie du temps qui passe et qui évoque avec émotion et fierté toute la reconnaissance qu’elle a envers ce territoire et ceux qui l’ont fait. Elle chante l’identité d’un pays où la vie est rude, notamment en rendant un bel hommage à son grand-père maternel, ouvrier maçon qui montait à la capitale chaque printemps pour construire les bâtiments du Paris du XIXe siècle. Comme les hirondelles et les oies sauvages, les Creusois, par village entier, près de 40 000, pratiquaient chaque année cette transhumance avec l’espoir secret de bâtir un jour leur propre maison. On apprend le sort réservé à cette masse laborieuse et leurs conditions de vie. Françoise Chandernagor raconte l’amour de ces hommes pour leur pays, cette terre pauvre et granitique, mystérieuse et longtemps inaccessible, mais généreuse et protectrice. D’ailleurs ce texte est aussi l’occasion de s’interroger sur la méritocratie républicaine dont elle est issue, comme son père avant elle. Elle critique la mondialisation et notre capacité à vivre ensemble et à accepter la diversité. Dans ces mémoires, elle porte un regard inquiet sur le monde actuel. Avec son art de conteuse, elle sublime cette nature si longtemps préservée qui a éveillé en elle son désir d’écriture. Pourtant, elle constate que les vertes forêts et les torrents s’assèchent. Le réchauffement climatique n’épargne pas son paradis perdu. Au passage, elle égratigne avec délice les zadistes qui croient connaître la terre sans l’avoir jamais binée. Intiment connectée à cette nature, elle entre en communion avec elle à travers des pages sublimes. Elle nous invite à la suivre dans une promenade au fil de l’eau pour savourer ces territoires vallonnés, enchanteurs et secrets, pour qui sait encore s’émerveiller et contempler les paillettes de soleil que les vents fous arrachent aux rivières.

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