Chronique L’Imposteur de Javier Cercas

  • Javier Cercas
  • Traduit de l’espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic
  • Actes Sud
  • 02/09/2015
  • 416 p., 23.50 €

Jérémie Banel Librairie du MuCEM (Marseille)

Avec son nouveau « roman sans fiction », Javier Cercas décrypte un mensonge si gros… qu’il en paraît incroyable. Il met à jour les soubassements, bien plus profonds que la simple anecdote, d’un manipulateur de génie.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe en Espagne – et même au-delà – en 2005, au moment des commémorations du soixante-dixième anniversaire de la libération des camps de concentration : le très médiatique et charismatique président de l’amicale des déportés de Mauthausen s’avère un imposteur ! Il n’est ni un héros de la résistance antifranquiste, ni un rescapé des camps de la mort. À partir de cette révélation, le château de cartes patiemment bâti s’effondre, dévoilant une imposture à tiroirs qui aura duré près de trente ans. Après avoir tourné autour, hésité, recommencé, renoncé, Javier Cercas a finalement réussi à écrire son roman sur cette affaire, à la fois fascinante et inquiétante. Toujours aussi précis et exigeant, il déroule pas à pas la pelote de la vie d’Enric Marco, qu’il a longuement écouté pour en extraire ce récit réel, exploration minutieuse de ces zones grises entre mensonge et vérité, entre héros et escroc. Convoquant tour à tour Truman Capote, Claudio Magris et Emmanuel Carrère, il alterne éléments biographiques et réflexions sur le pouvoir de la littérature, et sa place face au mensonge (ou à côté). Sans parler d’aboutissement dans son travail, on ne peut que saluer le tour de force de ce roman où l’acuité de l’auteur fait des merveilles, embrassant à partir de ce parcours extraordinaire les non-dits de l’Espagne depuis presque quatre-vingts ans. Défense et illustration des potentialités infinies de l’imagination, qu’elle soit mise au service d’une ambition personnelle ou de la littérature, tout autant qu’enquête historique, L’Imposteur est une pierre de plus dans l’œuvre de Javier Cercas, dont la cohérence et la pertinence s’affirment de livre en livre… tout comme le plaisir du lecteur.

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