Chronique Un fantôme dans la bibliothèque de Maurice Olender

  • Maurice Olender
  • Coll. «Coll. « La librairie du XXIe siècle »»
  • Seuil
  • 11/05/2017
  • 224 p., 17 €

Jérémie Banel Librairie du MuCEM (Marseille)

Un éloge (surprenant ?) de l’oubli par un grand éditeur et historien, dont les documents de travail et archives sont conservés sous sa supervision à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine. Paradoxal ? Oui, et stimulant !

Historien lui-même, et non des moindres, il a fondé et dirige une des plus prestigieuses et indispensables collections de Sciences humaines en France, « La Librairie du XXe siècle » (devenue depuis celle du XXIe), au sein de laquelle il a édité, entre autres, Jean-Pierre Vernant et Claude Lévi-Strauss. Maurice Olender nous livre, avec ce recueil de textes, une autobiographie, plus intellectuelle que personnelle, à nulle autre pareille. Comme les facettes d’un diamant, dont il fut cliveur dans sa jeunesse, il évoque les sujets qui l’habitent, consciemment ou pas depuis l’enfance : le silence, la mémoire, l’oubli, la lecture, l’archive, le judaïsme en général et celui de son père en particulier. Un texte sensible et très personnel qui devient lui-même un objet d’histoire, avec le paradoxe qui l’accompagne : comment un enfant qui n’a jamais voulu lire, est devenu un adulte qui a voué sa vie à la lecture et au livre. Et comment, après Pérec (dont il a été l’éditeur posthume), il réussit à sa façon à rendre présente l’absence et le silence criant, celui d’après les camps, celui dans lequel grandit un enfant juif né en 1946. Fasciné par l’archive, il nous ouvre ainsi les portes de son travail, de ses manies de collectionneur et de l’accumulation qui l’accompagne. Il nous offre une interrogation dans laquelle tout lecteur se reconnaîtra : « Et si la fonction la plus efficace de toute bibliothèque était d’inciter à une lecture sans fin qui n’aura jamais lieu ? ». Assurément un grand livre, à la fois intime et universel, et une défense de l’absolue nécessité du livre comme vecteur de transmission de la pensée et de la mémoire des Hommes. Mais qui permet l’oubli, celui « qui survient quand la mémoire a fait son œuvre », et qui est « le contraire de l’amnésie ».

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