Chronique Tout peut changer de Naomi Klein

  • Naomi Klein
  • Traduit de l’anglais (Canada) par Nicolas Calve et Geneviève Boulanger
  • Coll. «Coll. « Questions de société »»
  • Actes Sud, Lux
  • 18/03/2015
  • 640 p., 24.80 €

Jérémie Banel Librairie du MuCEM (Marseille)

Après avoir couvert les mouvements altermondialistes, décortiqué les stratégies des grandes marques et les politique néolibérales des années 1980, Naomi Klein s’attaque à un autre fléau contemporain : le changement climatique. 600 pages denses et essentielles pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

Elle l’avoue elle-même en préambule de son livre, bien que très impliquée socialement et politiquement, Naomi Klein a longtemps laissé la question climatique de côté, persuadée qu’elle n’était pas prioritaire dans les luttes à mener. Ce nouveau livre est donc à la fois une enquête détaillée et documentée, et l’occasion de réfléchir aux freins qui limitent la prise de conscience, y compris dans les cercles les plus militants, à partir de son expérience propre. Car la question centrale du livre est bien là, dans la prise de conscience de cette menace globale. Toutes les informations sont disponibles, connues et argumentées, et pourtant… Naomi Klein prend donc le temps d’énoncer des faits, tous plus inquiétants les uns que les autres (un exemple : les réserves disponibles en pétrole déclarées par les compagnies correspondent à cinq fois plus d’émissions de CO2 que la dose maximale prévue jusqu’à 2030 pour limiter le réchauffement climatique à 2°), avant de passer au cœur de son travail, qui consiste à démontrer les stratégies de communication et de lobbying à l’œuvre dans toutes les négociations autour du climat. Elle dévoile le double jeu du green washing, les trahisons de grandes fédérations environnementalistes, ainsi que les fausses promesses, entre autres, du gaz de schiste. Et, plus important, elle lie problématiques sociales et environnementales. Les dérèglements climatiques frappent plus durement les pauvres, que ce soit à une échelle nationale ou internationale, et éclaire donc la nécessité d’une riposte globale. Elle consacre également une longue partie aux mirages de la géo-ingénierie, remède d’apprenti-sorciers qui risque d’être bien pire que le mal. Passé ces sombres constats, la militante combative et déterminée reprend le dessus et propose des solutions. Cette crise est une opportunité unique de réorienter notre économie sur d’autres bases, plus écologiques et solidaires. Mais il faut pour cela travailler à favoriser l’émergence d’un mouvement puissant, uni et intransigeant. Et pour ne pas se limiter à des formules incantatoires, elle cite des exemples de combats réussis, comme les « Blocadies », joli nom québécois de nos ZAD (Zone à défendre), ou encore les luttes des premières nations amérindiennes, ou encore ces administrations locales qui reprennent le contrôle des biens communs, tels que l’eau, face aux multinationales. Si l’on peut parfois lui reprocher des impasses dans son raisonnement, sur le coût écologique des panneaux solaires par exemple qu’elle présente comme une solution sans prendre en compte leur impact écologique, elle livre un réquisitoire fort et argumenté contre cette fuite en avant qui semble irrésistible, doublé d’ un message d’espoir revigorant. Il n’est pas trop tard pour s’atteler à la tâche. Et, loin de nous promettre le retour à la bougie, elle prouve que nous avons un défi immense à relever, celui de réinventer un monde où la puissance publique au service des citoyens et de leurs intérêts collectifs imposerait ses règles aux grandes entreprises.

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