Chronique L’Art de la révolte de Geoffroy de Lagasnerie

Jérémie Banel (Librairie du MuCEM - 13002 Marseille)

L’actualité offre parfois une résonance particulière aux programmes des éditeurs. Il en est ainsi pour L’Art de la révolte. Snowden, Assange, Manning de Geoffroy de Lagasnerie, dont la lecture s’impose ces jours-ci.

 

Réveil du peuple, Patriot Act, surveillance des communications au nom de la guerre contre le terrorisme… Autant de sujets au cœur de cet essai stimulant et riche, qui interroge les formes de mobilisation à l’heure d’Internet et, à travers elles, les notions même d’État et de citoyenneté. Un raisonnement basé sur un postulat simple, mais aux implications multiples : Les « lanceurs d’alerte » créent, sans en avoir forcément conscience, une nouvelle forme de luttes, plus efficientes et opérantes que les mouvements contestataires traditionnels. En effet, leurs choix d’anonymisation ou de fuite hors de portée des lois qui les menacent leur permettent de faire exister une nouvelle façon de considérer l’action politique. Ainsi pourraient se créer des communautés basées sur des valeurs librement consenties, loin des lois imposées par les États à ceux qui naissent sur leur territoire. C’est donc une réflexion sur l’émancipation et les moyens à mettre en œuvre pour y accéder que l’auteur propose ici, tout en remettant radicalement en cause les formes « classiques » de révolte, qui ne seraient selon lui qu’une légitimation de l’ordre existant. Les mouvements dits « des places », en référence aux soulèvements populaires surgis sur les principales places du Caire, Madrid, New York, etc., ou la désobéissance civile, ne permettent pas d’aller jusqu’au bout d’une démarche réellement révolutionnaire, puisqu’ils continuent de se définir en fonction d’une légalité et de valeurs qui, pour la plupart, sont celles-là mêmes de l’État qu’ils prétendent combattre. Il ne peut y avoir de subversion réelle que dans les marges et interstices du pouvoir. Internet en est une. Réhabilitant les figures du « traître » et du « lâche » pour en faire apparaître tout le potentiel rebelle, cet essai nourrit une réflexion très actuelle, quelque part entre Hakim Bey, Le Comité Invisible et les ZAD, en écornant au passage certaines mythologies. À débattre !

 

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