Chronique Le Taureau de Michel Pastoureau

Jérémie Banel Librairie Libertalia (Montreuil)

Après le loup, l’ours, le cochon ou encore la licorne, et en alternance avec ses si chères couleurs, Michel Pastoureau s’attaque pour notre plus grand plaisir à un des plus proches compagnons des humains depuis des millénaires, et sûrement le plus sauvage des animaux domestiques : le taureau.

Moins familier que d’autres animaux, peut-être aussi moins directement évocateur et suggestif dans nos imaginaires, le taureau n’en est pas moins l’un de nos plus anciens compagnons. En partant bien sûr des peintures rupestres qui lui font une place de choix, Michel Pastoureau déroule peu à peu le fil d’une histoire faite d’allers et retours, entre tradition païenne et morale chrétienne. Fort de sa connaissance encyclopédique des mentalités et des cultures occidentales, il propose un voyage dont lui seul a le secret, et comme souvent avec ses livres, on explore au fil des pages la richesse d’un sujet sur lequel on ne savait à peu près rien d’autre que des banalités et qui, au final, constitue un sujet riche et dense. On découvre ainsi un Dieu païen dans nombre de sociétés antiques, un sujet de divertissement avec les jeux taurins sous diverses formes, un allié précieux en agriculture et tant d'autres facettes. Mais ce qui surprend à chaque fois, c’est sa position de pivot entre le monde sauvage et la bestialité dont il est issu et le monde domestique, incarné par la vache et le bœuf dont il est proche, qui constituent le cœur de la réflexion. Et c’est dans cet équilibre entre fascination et mise à l’écart que Michel Pastoureau déploie son analyse, comme toujours richement illustrée et à la documentation variée. On y retrouve également des échos de débats très actuels auxquels il donne profondeur et densité historiques : le bien-être des animaux, par exemple, et leur utilisation par l'Homme pour son seul profit. Le taureau, fougueux et massif, devient ainsi une entrée passionnante pour penser la domestication comme processus de contrôle de la nature, avec l'appui de l'art et l'étude des symboles, se faisant ici mémoire de temps révolus. Force de la nature dont la puissance doit être contrôlée, voir même conjurée, le taureau garde ainsi dans nos mémoires collectives et sociales toute sa charge. En explorateur du sensible attaché à montrer la place juste occupée par ses sujets de recherche, Michel Pastoureau, après avoir entre autres réhabilité le cochon, montré l'immense et séculaire proximité de l'Homme et de l'ours, ou encore défendu le loup si mal aimé, redonne ici au taureau la place qu'il mérite au panthéon de notre imaginaire. Et, ce faisant, donne à lire et à regarder un magnifique livre.

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