Chronique Persona, t. 1 de Erik Axl Sund

  • Erik Axl Sund
  • Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
  • Coll. «Coll. « Actes noirs »»
  • Actes Sud
  • 02/10/2013
  • 480 p., 23 €

Jérôme Dejean Librairie Sauramps (Montpellier)

Actes Sud présente la trilogie de Victoria Bergman comme le nouveau Millénium, alors logiquement on cherche à faire des rapprochements. Et on en trouve. On distinguera aussi des correspondances avec d’autres polars suédois, ceux de Mankell, par exemple, LÄckberg, Kepler, Kallentoft, Theorin…

Les Visages de Victoria Bergman est le nom générique d’une trilogie scandinave publiée entre 2010 et 2012 en Suède. Persona, le premier volet, a été publié en octobre 2013. Il sera suivi de Trauma et de Catharsis, respectivement programmés pour février et mai 2014. Si l’engouement est équivalent à celui généré par la trilogie de Stieg Larsson, l’attente entre les différents tomes aura le mérite d’être moins longue, et par conséquent moins anxiogène pour le libraire et le lecteur. Erik Axl Sund est le nom de plume d’un duo, Jerker Eriksson et Hakan Axlander Sundquist, tous deux musiciens et habitués à travailler à quatre mains. Jerker a été le producteur du groupe I love you baby ! dans lequel jouait Hakan. Si je parle de musique et non de littérature, c’est que l’écoute des morceaux du groupe, qui puise ses influences dans une électro-industrielle-post-punk à la Nine Inch Nails, éclaire sous un jour nouveau la lecture de Persona. Je sens bien que je vous ai perdu en cours de route… Je reviens au livre et vous n’allez pas tarder à comprendre les raisons d’un tel détour musical. Persona est peut-être le premier thriller générationnel dans son genre. Millénium avait emmené les lecteurs à considérer le genre policier sous un œil nouveau et avait su créer une véritable addiction chez le lecteur. Persona fonctionne sur la même logique, mais le roman est encore plus radical, tant dans son style rapide, simple en apparence et cependant diablement efficace, et ses thèmes, la violence, la psychologie, l’enfance meurtrie. Sofia Zetterlund est psychothérapeute à Stockholm, elle traite deux patients qui la fascinent, Samuel Bai, un enfant soldat de Sierra Leone, et Victoria Bergman, une femme d’âge mure qui souffre de troubles liés à un profond traumatisme subi pendant son enfance. Les deux patients présentent une pathologie similaire, des signes de personnalités multiples. Jeanette Kihlberg est flic. Elle mène une vie de couple compliquée avec un compagnon artiste peintre, un adolescent taciturne… et une série de cadavres momifiés de jeunes garçons qu’on retrouve émasculés dans des parcs ou près d’une bouche de métro. L’enquête piétine. Les deux femmes font face à deux questions : à quel moment une victime se transforme-t-elle en bourreau ? Quel degré de souffrance faut-il endurer avant de soi-même devenir un monstre ? Les deux enquêtrices se rencontrent, puis collaborent. Autour de cette rencontre d’abord professionnelle, se noue peu à peu une amitié qui ne tardera pas à dépasser le strict cadre de l’estime commune. Pendant ce temps-là, dans l’ombre, « la fille corneille » (titre original du livre) continue de tirer les ficelles du drame. Tel le montreur de marionnettes, elle nous entraîne inexorablement un peu plus loin à l’intérieur des ténèbres… vers le deuxième tome. Persona est un roman dérangeant car il nous confronte à nos peurs les plus intimes, celles du quotidien, celles qu’on peut voir au journal télévisé de 20 heures et qu’on balaie d’un mouvement de fourchette ou d’un : « Tu peux me passer le pain, s’te plaît ! » C’est moderne, enlevé, sombre et torturé. Rendez-vous en février pour la suite.

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