Chronique Niceville de Carsten Stroud

  • Carsten Stroud
  • Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun et Olivier Grenot
  • Seuil
  • 06/06/2013
  • 512 p., 22 €

Jérôme Dejean Librairie Sauramps (Montpellier)

Au commencement du roman noir, il y eut Poisonville, décrit par Dashiell Hammett dans Moisson Rouge. Aujourd’hui, tout droit sorti d’un conte des frères Grimm, il y a Niceville de Carsten Stroud, en plus sombre, plus gothique, plus déjanté.

Lecteur à la recherche d’un polar linéaire peuplé de héros manichéens, déroulant une enquête avec un début, juste ce qu’il faut de suspense et un charmant happy end, passe ton chemin. En revanche, si tu es en quête d’un roman qui te déstabilise, te perd en cours de route, te fait parfois penser à un tableau de Hieronymus Bosch, alors poursuis la lecture de cette chronique, car Niceville, premier roman de Carsten Stroud, est pour toi ! Niceville, c’est le Sud, ce Sud profond et mythique où de vieilles demeures ancestrales tombent en ruine au fond de jardins luxuriants, aussi magnifiques que mystérieux. Niceville, c’est une ville où le mal est tapi sous la nature foisonnante et au plus profond du cœur des hommes ; c’est un mal rampant et insidieux qui avance, pénètre chaque chose avant d’exploser avec une rare violence. Pendant des décennies, des gens ont disparu de Niceville dans des proportions nettement supérieures à la moyenne nationale. La rumeur parle d’une malédiction. Le jeune Rainey Teague, littéralement volatilisé en plein jour devant la vitrine d’un antiquaire de la rue principale, est l’un de ces disparus. Las, les flics du coin sont aussi peu scrupuleux que les gangsters qu’ils sont chargés d’arrêter. Ils préfèrent les descendre au fusil à lunette longue portée pour s’éviter des complications superflues avec la loi, les rapports et tout ce qui empoisonne l’existence d’un honnête flic. Et puis c’est une autre manière de mettre en pratique ce que l’armée leurs a appris en Irak ou en Afghanistan. Cynique ? Pensez-vous ! Le roman de Carsten Stroud plonge dans un dédale angoissant, un patchwork de mort, de sang et de duplicité. On a l’impression de se trouver happé par les neuf cercles de l’enfer… Mais sans Dante ni Virgile pour nous servir de guide. Niceville est un roman qui se mérite, fourmillant de surprises, de fausses pistes, de chocs.

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