Chronique La Ville des morts de Sara Gran

  • Sara Gran
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire Breton
  • Le Masque
  • 14/01/2015
  • 352 p., 20 €

Jérôme Dejean Librairie Sauramps (Montpellier)

Après deux romans noirs, Dope en 2008 et Viens plus près en 2010, tous deux publiés chez Sonatine et repris chez Points, Sara Gran avait un peu disparu des rayons des librairies françaises. La Ville des morts, première enquête de Claire DeWitt publiée aux éditions du Masque, est un retour en fanfare !

L’action se déroule à la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina en 2005. Mais le véritable tour de force du livre, et son intérêt, c’est la création rafraichissante d’une nouvelle héroïne. Claire DeWitt, jeune femme de 35 ans qui se définit elle-même avec une certaine ironie comme la meilleure détective du monde. Une privée originaire de Brooklyn. Le Brooklyn des années 1980, pas celui des lofts pour artistes qui fleurissent aujourd’hui. Une enquêtrice pugnace, dont la vocation s’est révélée dès l’adolescence en compagnie de ses deux meilleures amies, alors qu’elles arpentaient toutes trois les rues peu sûres, à l’époque, de Manhattan. Une détective loin d’être amatrice, qui puise pourtant son inspiration dans un étrange ouvrage, Détection, publié par le mystérieux enquêteur français Jacques Silette. Une privée qui a régulièrement recours au Yi-King, ce guide divinatoire, ce « tarot » qui, comme l’écrit Edgar Morin, « est donc une figure d’ordre, d’harmonie, mais portant en elle l’idée tourbillonnaire et le principe d’antagonisme. C’est une figure de complexité. » Claire DeWitt, c’est aussi une multitude de tatouages qui ont tous une signification bien précise, un langage fleuri, de multiples addictions et une propension à tester par elle-même toutes les drogues qui lui passent entre les mains, même les plus expérimentales. Miss Marple doit rougir et se retourner dans ses rayonnages. Mais revenons à l’histoire. Lorsqu’elle accepte d’enquêter sur la disparition d’un éminent procureur, envolé pendant le chaos qui a suivi le passage de l’ouragan Katrina, Claire DeWitt redécouvre une ville bien différente de celle qu’elle a connu, à l’époque où, plus jeune, elle était l’élève de la « plus grande détective du monde », son mentor, son amie, Constance Darling. Claire a longuement hésité avant d’accepter la mission, car de nombreuses plaies sont encore à vifs. Mais notre détective aime bien gratter là où ça fait mal. La voici, embarquée dans sa voiture de location flambant neuve, arpentant les « no-go zones » d’une ville meurtrie et abandonnée. Car l’enquête reste de proximité, aux plus près des quartiers dévastés et presque dans l’intimité de ces gens qui ont tout perdu et qui tentent de se reconstruire. La Nouvelle-Orléans, personnage à part entière de l’intrigue, est une ville brisée mais toujours pleine de vie. En creusant toujours plus profond, notre détective va bien faire remonter la fange… et pas seulement celle de la tempête. Et son enquête prendra une tournure inattendue. Dès les premières pages, on est en totale empathie avec ce personnage foutraque et terriblement attachant, ses zones d’ombre, les disparus et les morts inexpliqués qui jalonnent son passé. Toute une histoire cachée à découvrir. Cela tombe bien, un deuxième volet des enquêtes de Claire DeWitt a été publié aux États-Unis en 2013, et l’auteure développe actuellement une série pour la télévision. Vivement la suite !

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