Chronique Docteur Sleep de Stephen King

Jérôme Dejean Librairie Sauramps (Montpellier)

Année faste pour l’éditeur Albin Michel. Le lecteur se remet à peine de la lecture du précédent livre de Stephen King, 22/11/63, son meilleur roman depuis des années, et voici qu’est publié Docteur Sleep, le tout nouvel opus de l’auteur. Une suite de Shining ? Pas seulement : un prolongement astucieux.

On a dit et écrit beaucoup de choses sur Shining (Le Livre de Poche). Un certain nombre de gens pensent même l’avoir lu alors qu’en réalité ils ont seulement vu le film de Stanley Kubrick, avec Jack Nicholson grimaçant derrière sa porte fracassée. Un bon film, un très bon film même, mais à des années-lumière du roman et des thèmes qu’il abordait. Imitant le maître, si vous tapez sur un moteur de recherche le mot « shining », vous obtenez trente-sept millions de résultats environ ; le livre, le film, des articles, des analyses diverses sur l’un, sur l’autre, les deux, des polémiques, des théories du complot… Internet quoi. Pour résumer Shining, je vais emprunter les mots d’Éric Pessan, ceux griffonnés sur une première de couverture d’une édition de poche de Shining dans son remarquable ouvrage, Ôter les masques, aux Éditions Nouvelles Cécile Defaut dans la collection « Le livre la vie », publié en 2012. « Ce livre ne sera pas un livre sur les fantômes, sur le surnaturel. Il sera un livre sur ce qui hante, ce qui hante l’enfance, hante l’écrivain. Il sera un livre sur ce que voit l’écrivain Jack Torrance dans les couloirs de l’hôtel Overlook. Certains pensent que les fantômes viennent du dehors, d’un au-delà de nos perceptions, je reste tristement persuadé qu’ils sont contenus à l’intérieur de nos crânes. » Et Docteur Sleep, me direz-vous ? Les premières pages sont stupéfiantes, Stephen King réussit l’exploit de nous replonger dans les mêmes terreurs de l’enfance, celles que nous pensions avoir laissées derrière nous avec les cendres de l’hôtel Overlook. Danny Torrance a survécu à la folie de son père et aux fantômes, mais son don est toujours bien présent. Le premier tiers du livre est extraordinaire, on voit le petit Danny apprendre à contrôler ses facultés, les mettre en sourdine, les enfouir. Danny devient Dan. D’autres démons vont l’assaillir. Il grandit et l’alcool devient son compagnon de route. Une vertigineuse descente aux enfers, remarquablement décrite, tout à la fois touchante et pathétique, car écrite sans fard. Et puis Dan échoue dans une petite ville, au milieu de laquelle circule un superbe train miniature. Une nouvelle vie s’offre à lui. Épaulé par quelques anges gardiens, Billy le conducteur de la vieille micheline, Casey son parrain aux Alcooliques Anonymes, Azzie le chat aux étranges intuitions, Dan Torrance va devenir le docteur sommeil. Interne dans un hospice, il sait apporter le calme, la sérénité aux patients en toute fin de vie, il devient un passeur entre deux mondes. Après la lutte contre la prolifération des armes, une réflexion sur l’euthanasie, Stephen ? Le cœur du livre est la découverte d’une petite fille, Abra, qui partage les mêmes pouvoirs que Dan, et l’apparition d’une étrange congrégation de « vieux pirates de la route » qui se nourrit du « shining », ce don de « clairvoyance » que possèdent certains enfants. Une lutte à mort va s’engager entre les forces en présence. Afin de sauver l’adolescente, Dan Torrance va devoir retourner sur le lieu même où tout a commencé. La boucle est bouclée.

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