Chronique Le Roi en jaune de Robert W. Chambers

Jérôme Dejean Librairie Sauramps (Montpellier)

Le Roi en jaune est un recueil de nouvelles de l’écrivain américain Robert W. Chambers, publié en 1895. Il est considéré par les anglophones, à juste titre, comme un classique de l’horreur. Enfin disponible en français, c’est à un étrange voyage que vous invite cette chronique.

Le Roi en jaune est une énigme, un recueil de nouvelles policières. Fantastiques ou d’horreurs ? Neil Gaiman et Stephen King le citent dans leurs ouvrages. H.P. Lovecraft reconnaît son influence sur la genèse de son œuvre. Même Raymond Chandler y fait référence dans une de ses propres nouvelles. Ces textes traversent et influencent une partie de la littérature du xxe siècle et, pourtant, le lectorat français en est privé depuis sa publication. Il faut les forces conjuguées, et forcément obscures, d’une traduction, d’un éditeur et d’une série télévisée, pour qu’enfin la malédiction prenne fin. Tout commence en 2007, une petite maison d’édition, Malpertuis, du nom d’un célèbre roman de Jean Ray, traduisent le recueil. Cela reste confidentiel. L’ouvrage est réédité en 2009. En 2014, la série télé True Detective crève l’écran du câble américain, du streaming mondial, et affole une partie des internautes. L’intrigue policière vertigineuse imaginée par Nic Pizzolatto, scénariste et créateur de la série, mais également auteur de l’excellent Galveston, chez Belfond, repris chez 10/18, fait référence ouvertement au Roi en jaune. En quelques semaines, le livre se retrouve en tête des ventes aux États-Unis. Enfin, un somptueux ouvrage voit le jour au Livre de Poche pour cette fin d’année 2014. Les dix nouvelles du recueil original, augmenté par la nouvelle inédite d’Ambrose Bierce publiée en 1891, « Un habitant de Carcosa », qui a influencé de façon notable Chambers, et une analyse des textes et de la série télé… tout cela à un prix plus que raisonnable. Vous allez me dire, et le texte ? L’écriture ? Les nouvelles ? Faut-il entrouvrir cette boîte de Pandore littéraire ? Oui ! La réponse est oui, car cela touche parfois au sublime. « Le restaurateur de réputations » et « La demoiselle d’Ys », par exemple. Le Roi en jaune est la quintessence du roman policier matiné d’étrange, comme seuls les feuilletonistes du xixe siècle osaient le faire. C’est Edgar Allan Poe au quartier Latin, Émile Gaboriau à Central Park. C’est troublant, flippant et étonnement contemporain. L’art et la folie, l’amour et la jalousie, autant de thèmes que brassent ce recueil, autant de thèmes qu’embrasse l’auteur… À la lecture de l’ouvrage, il m’est arrivé de songer à Robert Louis Stevenson et à ses Nouvelles Mille et Une Nuits (Phébus). Chambers est, au fond, un magicien des temps modernes. Un illusionniste, un Houdini qui sait briser les chaînes et se faire apprécier des plus grands… par anticipation. Aurait-il eu une vision du futur ? Voici enfin l’occasion pour le lecteur de se forger sa propre opinion et de plonger à cœur perdu dans ces textes qui, tel le phénix de la légende, ont su renaître des cendres du papier d’un livre maudit et perdu.

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