Chronique Les Fantômes de Belfast de Stuart Neville

  • Stuart Neville
  • Traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau
  • Rivages
  • 24/08/2011
  • 416 p., 22 €

DEJEAN JÉRÔME, Librairie SAURAMPS, Montpellier

Avec Les Fantômes de Belfast , Stuart Neville fait une entrée fracassante dans le milieu du roman noir. Rivages, qui au passage en profite pour dépoussiérer sa collection, signe une des très belles surprises de cette rentrée littéraire.

Cela commence au comptoir d’un pub de Belfast, où Gerry Fegan enchaîne les verres, whisky et Guinness. C’est une gueule-cassée. Ex-tueur de l’IRA, douze années passées en prison, dépressif, alcoolique… Bref, un homme brisé. Un homme hanté. Car depuis sa libération, Gerry est prisonnier. Il survit, accompagné par les ombres de ses victimes, douze fantômes, autant d’apôtres. Pour se libérer de sa culpabilité, Fegan décide d’exécuter un à un les commanditaires de ces assassinats. Mais dans l’Irlande contemporaine, les anciens activistes sont des hommes politiques en vue. Le tueur devient un chien enragé qu’il faut éliminer. Dès lors, la chasse est ouverte. C’est remarquable : Les Fantômes de Belfast atteint au difficile équilibre qui consiste à nous entraîner sur les pas d’un antihéros tout en nous le rendant sympathique, à nous donner une leçon d’histoire sur l’Irlande passée et présente et à se projeter dans son avenir. À cela, il convient d’ajouter des dialogues incisifs d’une incroyable justesse, une intrigue qui vous tient en haleine jusqu’à la dernière ligne, une langue fluide, tantôt douce presque poétique, tantôt âpre, cinglante, des scènes d’une incroyable violence et d’autres tout en rondeurs… Résumons : Les Fantômes de Belfast , c’est un rythme, une alternance entre l’action pure et des espaces plus apaisés, c’est aussi une galerie de personnages ciselés, Fegan bien sûr, loup solitaire en quête de rédemption, mais aussi aux abois et blessé, McGinty, politicien véreux qui a bâti sa carrière sur des cendres encore fumantes, Campbell l’Écossais, Bull O’Kane, véritable Orson Welles du crime, Marie McKenna et sa fille Ellen, etc. Tous ces ingrédients donnent un roman noir qui vous possède et vous hante longtemps après l’avoir refermé. Un premier roman tellement maîtrisé, qu’on le dirait écrit par un vieux briscard, un Ken Bruen pour l’ambiance, un Dennis Lehane pour la saveur des dialogues et des atmosphères. Vous l’aurez compris, c’est un livre à découvrir d’urgence. Et croyez-moi, vous n’avez pas fini d’en entendre parler.

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