Chronique Extorsion de James Ellroy

  • James Ellroy
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias
  • Coll. «Coll. « Rivages Thriller »»
  • Rivages
  • 25/07/2021
  • 128 p., 13.50 €

Jérôme Dejean Librairie Sauramps (Montpellier)

Après quatre ans de silence, James Ellroy nous revient avec, non pas un roman fleuve – pour cela, il va falloir attendre encore une bonne année –, mais un court roman : Extorsion ; et quelques extraits de son prochain pavé, Perfidia, qui paraîtra en France en 2015 et sera le premier tome de sa nouvelle tétralogie ayant pour cadre Los Angeles. De quoi nous faire patienter et nous mettre l’eau à la bouche !

James Ellroy est un mythe littéraire et un paradoxe humain. Depuis des années, lors de ses entretiens avec des chroniqueurs et journalistes du monde entier, il déclare : « je ne regarde pas la télé, je ne vais pas au cinéma, ni sur le Net, je ne lis pas les journaux… Le monde actuel ne m’intéresse pas… » Pourtant son dernier roman, Extorsion, une novella comme disent les Américains, a été publié uniquement au format numérique aux États-Unis. Et le livre est actuellement en cours d’adaptation en série pour la télévision. Plutôt à la page, James Ellroy ! Rivages, son éditeur français, publie ce court roman quelques jours avant la venue d’Ellroy en France. La première chose qu’on remarque à sa lecture, c’est son incroyable résonance avec notre actualité. Alors que se tient jusqu’en juin au Centre Pompidou de Metz une exposition sur les paparazzi, que les mondes médiatiques et politiques n’en finissent plus de se déchirer à coups de scooter, de dictaphone et de photos volées… James Ellroy nous propose une immersion totale dans ce qui préfigure les dérives les plus sordides de la transparence contemporaine, un avant-goût de La Société du spectacle de Guy Debord publié en 1967 (disponible en Folio). Extorsion, ce sont les mémoires de Fred Otash, vrai flic, vrai détective, vrai pourvoyeur de scandales en tout genre pour le magazine de ragots Confidential, croustillant et racoleur. Fred Otash, c’est l’ancêtre des paparazzi, des photos scabreuses, des mises en scène pour piéger les politiques, les stars de cinéma et tous ceux qui, de près ou de loin, gravitent autour de l’industrie du spectacle. Des écoutes téléphoniques, du chantage, des pressions diverses, des passages à tabac… Fred Otash et ses cartes de visite qu’il distribue à tour de bras. Cet homme, nous l’avons déjà rencontré par le passé dans l’œuvre de James Ellroy : L.A. Confidential, American Tabloïd et American Death Trip (Rivages). Dans les années 1950, le très cynique Fred Otash est le détective le mieux payé du monde, l’invité préféré des animateurs de talk-show. Otash est mort en 1992, à l’âge respectable de 70 ans, quelque temps après avoir rencontré l’écrivain James Ellroy. Je vous rassure : aucun lien de cause à effet ! Fred est au purgatoire, il attend sa délivrance : les portes du paradis. Dans sa cellule capitonnée, il est tourmenté par ses anciennes victimes, stars de cinéma, starlettes, prostitués des deux sexes, politicards, flics véreux, présentateurs télé. C’est la valse du tout Hollywood. On lui donne la possibilité de feuilleter l’album de son passé crapuleux. Son émissaire sur terre est un certain James Ellroy. Extorsion est un roman à deux voix. C’est fort, cru, jubilatoire, complètement dingue et totalement vrai. Shakedown, le titre original de ce court roman, est aussi celui d’un film noir de 1950 réalisé par Joseph Pevney qui raconte l’histoire d’un photographe prêt à tout pour se faire un nom. Et puis, à peine remis, quelques extraits du prochain roman : Perfidia. Les chapitres 4 et 8. Le retour, là encore, de vieilles connaissances, comme Dudley Liam Smith, déjà croisé dans Le Grand Nulle Part, L.A. Confidential, White Jazz, et même Clandestin ; ou Lee Blanchard, celui du Dahlia Noir (Rivages), jeune chien fou presque insouciant. Les deux hommes reçoivent un appel. Une nouvelle scène de crime, un suicide rituel. Les victimes : une famille japonaise. La date : le 6 décembre 1941. L’attaque de Pearl Harbour se prépare, le chaos peut commencer. Rendez-vous en 2015.

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