Dossier Le Postier de Charles Bukowski

  • Charles Bukowski
  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Garnier
  • 10/18
  • 08/10/2020
  • 230 p., 7.50 €

Jérôme Dejean Librairie Lamartine (Paris)

On associe trop souvent Charles Bukowski à une apparition télévisée chaotique et éthylique lors de son passage dans l’émission Apostrophes de Bernard Pivot. C’est sans doute perdre de vue son œuvre, sa faculté à explorer les marges et à dénoncer une société à la dérive, encore et toujours d’actualité.

Cette fameuse émission eut lieu le vendredi 22 septembre 1978. Trente ans plus tard, Pierre Assouline, dans un article du Monde, résume parfaitement les tenants et aboutissants de ce pseudo-scandale du sacro-saint rendez-vous littéraire. Un « Merci Bernard » avant la lettre. «Le samedi matin, toute la France connaissait cet écrivain qui lui était inconnu la veille. La vente de ses livres explosa, les traductions se multiplièrent. » Les Éditions 10/18 ont la très bonne idée de ressortir trois livres de Bukowski sous un nouvel habillage graphique. Il est temps de se pencher sur l’œuvre et d’oublier la polémique et, pour ceux qui ne l’ont pas lue, de plonger dans une prose uppercut et parfois hyper-cul, sincère, dérisoire, humaine. « Ça a commencé par erreur. » Première phrase géniale et emblématique du tout premier roman, Le Postier, publié en 1971. On y découvre son alter ego littéraire, Henry Chinaski, alcoolique désespéré, obsédé sexuel et accro aux courses de chevaux. La Sainte Trinité pour cet antihéros profondément touchant et dégueulasse, pas encore vieux, obligé de délivrer des lettres et des messages à des destinataires peu reconnaissants. Sans parler des chefs de service. Souvent comparé à Céline, pour la rage littéraire, il y a aussi du Kafka qui s’en fout chez Bukowski. Et puis Factotum, son deuxième roman, où l’auteur creuse un peu plus encore les veines de son personnage toujours sur le fil du rasoir. Il nous entraîne dans un voyage de sales boulots à travers l’Amérique avec une prose qui se libère de plus en plus des carcans du politiquement correct. Oui c’est vulgaire parfois, mais Bukowski réussit à faire jaillir la poésie des décharges et sait, comme nul autre, jouir sans entraves d’un mot, d’une phrase, pour le plaisir intact du lecteur. Car, je ne l’ai pas encore dit, Bukowski est un anti-styliste : il réussit avec son écriture directe, argotique à cerner au plus près la vie crasse et misérable de ceux et celles qu’il raconte. Mais toute la force de sa prose réside là, transpercée par des moments de poésie pure, presque déconcertante. Enfin Pulp, l’ouvrage presque posthume, terminé quelques jours avant son décès. Un hommage déjanté et subtil au Roman Noir. Nicky Belane, un détective privé, navigue dans Los Angeles, sur les traces, entre autres, d’un certain Louis-Ferdinand Céline. L’auteur ne serait pas mort à Meudon en 1961 et aurait été vu, errant dans des librairies de la Cité des Anges. Une extraterrestre et une pulpeuse créature, qui se dit être la Mort, vont corser l’affaire. Lire, relire ou découvrir Charles Bukowski. C’est au choix !

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