Dossier Tu ne sais rien de l’amour de Mikaël Ollivier

Madeline Roth Librairie L’Eau vive (Avignon)

Nicolas a rencontré Malina quand il avait 2 ans. Son amie d’enfance est devenue naturellement sa petite amie, puis sa fiancée. Mais lorsque le père de Nicolas tombe malade, c’est tout un pan de la vérité qui s’effondre. Le jeune garçon va mettre le doigt sur un lourd secret de famille, et remettre ainsi en cause à la fois ses sentiments, mais aussi la vie qui l’attend.

Comme Plus jamais sans elle (Seuil Jeunesse, 2012) ou Le Monde dans la main (Thierry Magnier, 2011), Tu ne sais rien de l’amour mélange une fois encore les genres : roman d’amour, initiatique, intimiste, mais aussi un peu policier, avec un lourd secret qu’on ne découvre qu’à la toute fin du livre. Aviez-vous la construction en tête dès le départ ?
Mikaël Ollivier — J’avais très peu d’éléments en tête quand j’ai démarré le roman, sinon l’idée d’un charmant couple d’amoureux formé dans la petite enfance dont le lien devait être mis à l’épreuve par la proximité de l’âge adulte, l’adieu à l’enfance, la prise en main consciente de leur vie par les deux jeunes héros. Quand j’attaque la rédaction d’un livre, les fondations sont toujours ténues, et j’avance à tâtons, dans le brouillard. Chaque nouvelle idée déchire un peu le voile et le chemin se dessine devant moi pas à pas. Je ne « vois » mon roman qu’une fois le premier jet achevé, et que peut commencer le vrai travail, débarrassé du souci d’inventer une histoire.

Vous écrivez depuis des années pour la télévision et le cinéma, à la fois pour les enfants et les adultes. C’est sans doute ce qui fait la force de vos romans : des flash-back, des tensions, du suspense, des phrases courtes. Qu’est-ce qui vous intéresse le plus aujourd’hui : construire une intrigue, ou fouiller des sentiments ?
M. O. — La narration cinématographique doit plus à la littérature que l’inverse. Les romanciers n’ont pas attendu l’invention du cinéma pour faire des flash-back, seul l’anglicisme est récent. Mon travail de romancier influence mon activité de scénariste, et vice versa. Les comédiens et réalisateurs qui travaillent à partir de mes scénarios les trouvent littéraires, alors que les lecteurs de mes romans, les libraires, bibliothécaires et journalistes qualifient toujours mon écriture de cinématographique ! Que ce soit dans mes romans ou dans mes scénarios, ce sont pour moi, et de loin, les sentiments et les personnages qui priment, la construction de l’intrigue n’étant qu’une nécessaire contrainte.

« Tu ne sais rien de l’amour » est la phrase que prononce le père de Nicolas à son fils de 16 ans. Ce livre est aussi un très beau portrait du couple – celui de Nicolas et Malina, mais aussi celui des parents de Nicolas. Est-ce que l’histoire d’amour de nos parents détermine forcément la nôtre ? Est-ce un peu la question que vous posez ici ?
M. O. — C’est même exactement la question que pose ce roman ! Comment échapper au modèle de nos parents ? Comment être sûr que nos choix, bons ou mauvais, sont bien les nôtres ? À la mort de mon père, mes parents affichaient soixante-six ans de mariage au compteur. Durant mon enfance, je n’ai jamais rien su de leur vie sentimentale et sexuelle. Ils étaient un père et une mère, un mari et une femme. C’était pour moi le mètre étalon de la vie d’adulte. Il m’aurait été bien plus utile de connaître leurs blessures, leurs frustrations, leurs éventuels accrocs au contrat et leurs secrets. J’aurais fait moins d’erreurs et de dégâts si l’exemple de mes parents m’avait enseigné que j’aimerais plusieurs fois au cours de ma vie, que je ferais souffrir celle que j’aime, qu’il m’arriverait de confondre amour et désir et que j’avais le droit de dire « je ne t’aime plus ».

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