Chronique Mon frère de Daniel Pennac

Madeline Roth Librairie L’Eau vive (Avignon)

Seize mois après la mort de son frère Bernard en 2007, Daniel Pennac monte Bartleby d’Herman Melville au théâtre. Dix ans plus tard, il commence à rédiger ce texte, vibrant hommage à la mémoire de ce grand frère espiègle.

Mon frère est un récit incroyablement touchant, une sorte d’aller-retour entre les souvenirs d’enfance et l’énigme de ce drôle de personnage, Bartleby, avec sa réplique légendaire, « I would prefer not to ». Les chapitres alternent entre la lecture proposée par Pennac et le portait très tendre, aujourd’hui, de ce qui reliait ces deux frères. On a le sentiment que c’est un peu grâce à la lecture sur scène de Bartleby que Pennac réussit en quelque sorte à vivre le deuil de son frère. « Dans les premières semaines qui suivirent sa mort, il m’est arrivé de décrocher le téléphone pour l’appeler. Arrête. Ne fais pas le fou. On souffre beaucoup mais on n’est pas fou de douleur. » Le personnage de Bartleby, qu’un notaire engage mais qui refuse ensuite de travailler, fait d’abord rire le public de Pennac. Pourtant, c’est une histoire de fuite. « Pour silencieux qu’il fût, c’est ce frère qui m’apprit à parler. Et d’ailleurs à lire, plus tard, les romans qu’il aimait. Donc à écrire. » Daniel avait cinq ans de moins que Bernard qui l’a « pratiquement élevé. » Bernard incitait par exemple Daniel à formuler de très longues phrases pour lui demander simplement son goûter. « De quoi nous nourrissons-nous ? », demande l’auteur. Les chapitres racontent, de cette écriture parfaitement douce et chaleureuse, des moments de la vie de Bernard, des répliques qu’il avait, le cabanon perdu dont il rêvait, sa tentative de suicide, sa maladie… Pourtant, à aucun moment, Mon frère n’est un livre triste. C’est, bien au contraire, un « livre d’amour ». Le dernier chapitre s’ouvre sur une photo en noir et blanc des deux enfants, le grand frère entourant de ses bras le petit. « Regardez-les, le grand et le petit. » Ce livre est une balade, un dimanche, un album photo que l’on feuillette sous le regard et la protection de ce qui fut le socle et le tuteur de nos enfances.

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