Chronique Bestiaires du Moyen Âge de Michel Pastoureau

MICHEL EDO, Librairie LUCIOLES, Vienne

Michel Pastoureau est un médiéviste que l’on connaît pour son travail sur l’héraldique et sur les couleurs (son livre Les Couleurs de nos souvenirs a obtenu le prix Médicis essai en 2010). C’est avant tout un historien qui a fait des bestiaires et de la symbolique animale ses principaux sujets d’investigation.

Le livre se concentre, après une description générale des différents bestiaires, sur les principaux animaux (réels ou imaginaires) décrits dans ces ouvrages avec, en regard, de magnifiques reproductions de miniatures. Bien que l’homme médiéval soit plus proche et plus dépendant de la nature que nous ne le sommes aujourd’hui, il ne tire pas de son observation des conclusions sur la vérité des choses. La vérité est ailleurs, elle est de l’ordre de la métaphysique. Ainsi s’ouvre l’introduction de Pastoureau à son remarquable ouvrage consacré aux bestiaires médiévaux. La description des animaux au Moyen Âge est à prendre à son niveau symbolique, d’autant que les questions sur l’âme et la conscience des animaux, avec tout ce que cela implique, n’a pas encore été tranchée (il existera même des procès d’animaux à partir du XIIIe siècle, particulièrement de porcs, allié biblique du démon). De même qu’on attribuait aux plantes des vertus en fonction de leur forme, les animaux sont souvent définis d’après leur aspect. Le bouc avec son odeur, son regard oblique sa fougue supposée à couvrir les chèvres et son passé de divinité païenne est naturellement associé, dans la société chrétienne, au péché et au malin ; on lui attribue donc des vices et des caractéristiques caricaturales propres à l’édification du lecteur. Pastoureau nous montre la vision manichéenne de ces bestiaires où les animaux sont soit du côté de Dieu et donc doués de vertus, soit du côté du Malin et remplis de vices. Il est intéressant de constater par ailleurs que certains animaux ont, au fil des siècles, changé de statut, passant de néfastes à bénéfiques au gré des observations… et des services rendus à l’humanité. Mais l’historien nous met en garde contre la condescendance que l’on pourrait avoir devant cette vision si peu scientifique, presque puérile du monde animal. Ces bestiaires, avec leur luxe d’explications « saugrenues » et d’illustrations « fantaisistes » sont en fait un merveilleux moyen de comprendre la mentalité de l’homme médiéval, ses craintes, ses espérances, sa vision globale et écologique du monde qui l’entoure.

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