Chronique Les Poissons ne ferment pas les yeux de Erri De Luca

  • Erri De Luca
  • Traduit de l’italien par Danièle Valin
  • Coll. «Coll. « Du monde entier »»
  • Gallimard
  • 26/04/2013
  • 15 p., 90 €

Michel Edo Librairie Lucioles (Vienne)

10 ans. L’enfance ne tient plus qu’à un fil. Les jeux, l’innocence, l’insouciance appartiendront bientôt au passé. Il ne faudra pas grand-chose. Puis il y aura l’épreuve des jours qui mettront à mal le savoir puisé dans les lectures ou en dévoileront toute la saveur.

Le narrateur est en vacances avec sa mère sur une île au large de l’Italie. C’est la vie pieds nus, indépendante. Enfant de la ville et conscient de sa différence, il ne se mêle pas aux autres. Il pêche, lit, donne un coup de mains aux marins sur la plage, ceux qui remaillent leurs filets en regardant la mer et qui pêchent encore à la rame. C’est un monde qui ressemble à un paradis, peut-être parce qu’il est voué à disparaître. Ce pourrait être une vie de Robinson, mais à 10 ans, quand l’enfance est un luxe, l’imaginaire se tourne vers les affaires des adultes. C’est l’été au cours duquel on réalise que son corps devient trop étroit, où il faut casser la coquille pour que l’homme apparaisse : « Mon corps, je n’y tiens pas et il ne me plaît pas. Il est enfantin et moi, je ne le suis plus. Je sais que depuis un an, j’ai grandi et mon corps, lui, non. Il reste en arrière. C’est pourquoi même s’il se rompt, c’est sans importance. Au contraire, s’il se brise, c’est le corps nouveau qui en sortira. » C’est une jeune fille de son âge qui lui apportera la clé de la prison de son corps. Comme il faut nommer les sentiments pour les apprivoiser, le sens du mot aimer, c’est elle qui le lui donnera. Avant qu’il l’éprouve enfin. Viendront la jalousie des autres, leur haine gratuite et leur violence, qu’il affrontera sans défaillir, mais sans y ajouter sa propre violence. Les Poissons ne ferment pas les yeux est un texte autobiographique. Erri de Luca interroge cet enfant de 10 ans et le refait vivre dans la poésie de sa langue afin de retrouver intactes des émotions enfouies sous les ans. Le vieil homme a oublié le nom de la jeune fille, il n’a pas oublié l’amour qu’il lui portait. Il n’a pas oublié les larmes d’impuissance non plus, et qui reviennent, intactes. Car les enfouir serait comme renier sa propre enfance.

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