Chronique Toutes les choses de la vie de Kevin Canty

  • Kevin Canty
  • Traduit de l’angais (États-Unis) par Anne Damour
  • Coll. «Coll. « Terres d’Amérique »»
  • Albin Michel
  • 03/01/2014
  • 336 p., 22.90 €

Michel Edo Librairie Lucioles (Vienne)

Le Montana de Kevin Canty, ce ne sont pas les espaces immenses de Jim Harrison ou les forêts sauvages de Rick Bass. On en trouve pourtant toute l’essence : la solitude d’être au monde et la consolation d’une nature omniprésente.

RL est un guide de pêche quinquagénaire, un misanthrope un peu gras et un peu alcoolique. Il est incapable de mettre les choses au clair avec son ex-femme, voudrait bien trouver quelqu’un avec qui finir sa vie et est peut-être un peu trop lucide sur sa décrépitude pour y arriver. Il n’est même pas aussi bon pêcheur que son employé saisonnier et il déteste ses clients. Il se sauve de la noyade intégrale en épaulant une ex-petite amie, Betsy, qui se sait en sursis. En essayant aussi d’aider Layla, sa fille, une chatte sauvage par trop semblable à son père, qui se montre incapable de faire table rase de ses histoires d’amour sur un coup de tête. Il n’y a pas ici une histoire, mais deux, trois, qui se croisent, se mêlent pour jouer une symphonie des cœurs brisés. Aussi, Toutes les choses de la vie possède une écriture intimiste, des phrases courtes qui esquissent le paysage. Les montagnes enneigées, les rivières, les chemins cabossés, se perdent dans le flou dès que l’on quitte le premier plan. Les forêts, les torrents à truite, on les connaît, ou du moins on les fantasme, même si on n’a jamais mis les pieds à Missoula. Canty n’écrit pas en cinémascope pour nous en mettre plein la vue. Il resserre le plan jusqu’à nous montrer ce qui se cache derrière les yeux de ses personnages, des types et des filles qui essaient de raccommoder tant bien que mal les morceaux d’une vie qui s’effiloche. Ce qu’ils ont accompli n’aura pas de postérité, mais ils l’ont fait en leur âme et conscience, sans compromission. Les dialogues sont cinglants et les ruptures de rythme incessantes, ce qui donne un ton vibrant à la description de ces quotidiens sans reliefs… ou apparemment sans reliefs, car en dessous brûle le feu de l’insoumission à la norme, à la connerie de la vie. C’est beau, tout simplement.

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