Chronique Le vent reprend ses tours de Sylvie Germain

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Michel Edo Librairie Lucioles (Vienne)

Le nouveau roman de Sylvie Germain est à la fois la remise en question d’un homme qui découvre qu’il est en train de passer à côté de la vie et une plongée dans l’histoire intellectuelle et intime des tziganes de Roumanie.

Le banal avis de recherche d’un vieillard fugueur arrête un homme en pleine course. Nathan a une quarantaine d’années, il mène une existence sans reliefs, sans attaches, sans passions. La photo du vieil homme va le ramener trente ans en arrière à l’époque de sa rencontre avec Gavril Kantz. C’est un poète, un saltimbanque, fêtard lunaire, amateur de loufoqueries verbales et sonores, qui s’était pris d’amitié pour le garçon triste et timide. Avec lui, Nathan va apprendre que la vie peut être légère, que la beauté, le sourire et l’amour sont partout pour peu qu’on prenne la peine de les chercher. Gavril mène une vie d’oiseau, libre et heureux de clamer sa poésie chuchotée ou à tue-tête, selon l’humeur. Et puis, un jour, l’homme disparaît et pour Nathan qui n’avait pas eu le temps de prendre son envol, c’est le retour vers une vie banale et grise. Lorsque Nathan comprend que Gavril est sans doute mort, il commence alors la quête de cet homme qui a voué sa vie à la joie. Il va découvrir ce que Gavril lui a toujours tu, ses origines tziganes, les pogroms et la déportation de son peuple. La perte irrémédiable des poètes assassinés. On découvre alors un être blessé qui a compris que l’on pouvait compenser un mal par un bien. Armé de son seul verbe et de la puissance salvatrice de la poésie, il mène un combat contre l’oubli et la haine en semant ses mots dans les oreilles de qui ne veut pas l’entendre. Sylvie Germain, en maître conteuse, dévoile petit à petit les couches de mémoire enfouie de son personnage. Elle en appelle aux intellectuels et poètes roumains du xxe siècle, Fondane, Marculescu, Ghérasim Luca, le poète bègue dont la poésie est tout à la fois souffrance et délivrance, pour raconter l’histoire de Gavril, ange de bonté et libre penseur qui a su instiller un peu de bienveillance, un peu d’empathie dans la tête de ceux qui ont croisé sa route. Et qui a peut-être réussi, in fine et par-delà la mort puisque la poésie est immortelle, à sauver au moins un homme. Peu peuvent en dire autant.

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