Dossier So long, Luise de Céline Minard

MICHEL EDO, Librairie LUCIOLES, Vienne

Le moins que l’on puisse dire de Céline Minard, c’est qu’aucun de ses romans ne ressemble au précédent. Il serait néanmoins faux de dire qu’elle ne possède pas une patte bien à elle. Son credo : le romanesque et la liberté totale de créer.

La narratrice de So long, Luise est un vieil écrivain, sorte d’incarnation simultanée de Villon, Yourcenar, Jim Harrison, Sagan et d’autres encore, tous libre-penseurs, viveurs, rebelles. Elle n’a jamais suivi d’autre voie que celle que lui dictait son bon plaisir ; et du plaisir, elle en a eu, des succès éditoriaux phénoménaux, des prix littéraires toujours bons à prendre mais qui la font beaucoup rire, des fêtes et des solitudes mémorables, des escroqueries (pas qu’intellectuelles, d’ailleurs) grandioses, et puis l’amour de Luise, l’érotisme de Luise. Dans un récit testamentaire flamboyant et acéré, la narratrice déroule le fil d’une existence vouée à la littérature et à la jouissance. Elle n’a finalement eu de cesse depuis sa naissance – c’est-à-dire depuis le succès de son premier roman – de rejeter loin d’elle la bassesse, la bêtise, la flagornerie, pour vivre la vie comme il se doit, avec hardiesse et passion. Elle a vécu comme joue un enfant à qui on n’a pas expliqué les règles du jeu : sans jamais brider ses émotions ni son imagination. En cela, la narratrice rejoint l’auteur puisque le texte déborde de sensualité et d’inventivité et ne s’impose aucune limite. Minard arrive à nous mener loin. On cesse, le temps d’une lecture, d’exister pour le réel, on est le spectateur conscient et pourtant fasciné d’une extraordinaire fiction.

Parallèlement à la sortie de So long, Luise, les éditions Cambourakis publient un travail de Céline Minard avec Scomparo, une plasticienne. La collaboration en temps réel entre les deux artistes donne un livre où l’image et le texte s’interpellent, se répondent en une sorte de récit épique, de carnaval grotesque. Les dessins de Scomparo sont troublants, presque figuratifs, sans jamais pourtant se définir catégoriquement. La prose de Minard affine ce trait, incarne la fantasmagorie graphique du peintre, nous emmène de l’autre côté, dans les brumes du pays de fäérie.

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