Chronique Klara et le soleil de Kazuo Ishiguro

  • Kazuo Ishiguro
  • Traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch
  • Coll. «Du monde entier»
  • Gallimard
  • 19/08/2021
  • 350 p., 22 €

Juliet Romeo Librairie La Madeleine (Lyon)

Après avoir reçu le prix Nobel de Littérature en 2017, Kazuo Ishiguro nous revient avec un nouveau roman, dans sa veine dystopique, Klara et le soleil. L’histoire d’une intelligence artificielle et de l’enfant qu’elle accompagne, mais surtout une histoire d’humanité.

Klara est une intelligence artificielle ou très exactement une A.A., une Amie Artificielle, un robot créé pour accompagner un ou une adolescente dans un monde où le lycée n’existe quasiment plus et où les relations sociales sont complexes et codifiées. Klara ne vit que pour deux choses : trouver un ou une enfant qui voudra d’elle et capter les rayons du soleil, source de nutriments indispensables à son bon fonctionnement. Alors qu’elle attend d’être choisie dans une boutique spécialisée, Klara va être repérée par Josie, une jeune fille malade qui vit seule avec sa mère. À travers la vitrine du magasin, elles vont se parler. Mais Gérante, la directrice de la boutique, va prévenir Klara : les promesses d’enfants peuvent être source de déception. Pourtant, Josie va venir la chercher et la faire entrer dans sa maison et dans sa vie. Un nouvel horizon s’ouvre alors pour Klara, même si ce nouveau monde est fait de secrets, de chagrin et de ténèbres. Dans la lignée du magnifique Auprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro explore une nouvelle fois l’âme humaine à travers un récit futuriste qui ressemble pourtant beaucoup à notre présent. Klara est le prétexte à analyser, comme l’auteur en a l’habitude, notre société, notre vivre ensemble, nos sentiments. Que devient aujourd’hui l’humain dans un monde de plus en plus virtuel, de plus en plus connecté ? Comment pouvons-nous créer des relations sociales si nous devons toujours rester sur le bon chemin et rentrer dans des cases préétablies ? Klara, dans le monde qui l’a conçu pour faciliter la vie des jeunes, analyse, réfléchit, observe avec une froideur presque clinique les humains qui l’entourent. Et pourtant, elle fait preuve d’une douceur et d’une empathie dont ces derniers sont dépourvus. Kazuo Ishiguro parvient à nous plonger dans ce récit à la première personne et à nous faire épouser les pensées, les gestes, la vision de cette Amie Artificielle pour nous faire toucher du doigt les problématiques profondes de notre société. Regarder notre monde à travers les yeux de Klara nous amène à faire un pas de côté, à regarder et entendre, avec douceur et bienveillance, l’humanité telle qu’elle est et telle que nous voulons qu’elle soit, demain, pour les générations futures. La voix de Klara, pleine d’espoir enfantin, continuera longtemps à résonner chez le lecteur tant l’humanité, toute artificielle qu’elle soit, vibre à chacun de ses gestes et à chacune de ses paroles.

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