Essais
Chloé Andrieu
Les Mayas n'ont pas disparu

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Chloé Andrieu
Les Mayas n'ont pas disparu
Allary éditions
27/03/2025
21,90 €
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Chronique de
Lyonel Sasso
Librairie Dialogues (Morlaix) -
❤ Lu et conseillé par
4 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Stéphane Quero de La Librairie Le BHV Marais (Paris Cedex 4)
- Lyonel Sasso de Dialogues (Morlaix)
- Ophélie Drezet de La Maison jaune (Neuville-sur-Saône)
✒ Lyonel Sasso
(Librairie Dialogues, Morlaix)
La civilisation maya est le plus souvent associée à son déclin brutal. Mais elle fut aussi une source d’inspiration féconde pour Hergé, Hugo Pratt ou Eisenstein. Chloé Andrieu détricote avec tact cette tenace fascination.
Une fois refermé, le livre de Chloé Andrieu nous donne envie de réciter ces vers d’Arthur Rimbaud : « J’envoyais au diable les palmes des martyrs, les rayons de l’art, l’orgueil des inventeurs, l’ardeur des pillards ». La poésie se prête admirablement au sujet maya. Car les ruines, les vestiges abandonnés à la végétation ont toujours interpellé toute observation humaine. Chloé Andrieu essaie de replacer au cœur de ces temples ce que fut la vie maya, en dehors des fantasmes qu’elles suscitent, notamment chez les amateurs d’apocalypse. À la lecture de ces pages, on mesure la profondeur du silence qui régnait en ces lieux avant l’arrivée bruyante de la cavalcade occidentale. Ces temples ont donc été à la merci des pillards qui n’ont eu de cesse de vouloir faire parler ces pierres. On en fera des zones touristiques, des lieux de consommation et des best-sellers. La question de cet essai, c’est de comprendre ce qu’a à nous dire ce silence qu’inspirent les ruines mayas. Sans doute l’humanité a-t-elle perdu l’essentiel là où le plus grand bon nombre pensait à s’enrichir sans fin. Mais cette appellation maya n’est pas lettre morte, Chloé Andrieu le dit bien, aucunement une relique mais plutôt un nom vibrant et vivant. Et c’est ce vivant qui a été pillé, sali et détruit. Les ruines n’étaient pas la preuve d’une cosmologie biblique ou d’un reliquat extraterrestre. C’était une place à prendre pour la prédation consumériste. Les théoriciens de la collapsologie nient quant à eux fortement la diversité ancrée du vivant. Cet effet miroir de l’apocalypse que la culture occidentale s’obstine à voir dans les ruines mayas sert un discours de finitude : il prive la vie de sa propre pulsion, la vie qui ne cesse de démontrer que nous appartenons bien à un monde qui ne doit pas finir. Non, les Mayas n’ont pas disparu, ils ne sont que la preuve de l’obsolescence des civilisations.