Essais
Thomas Porcher
Le Vacataire

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Thomas Porcher
Le Vacataire
Stock
02/04/2025
256 pages, 19,50 €
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Chronique de
Lyonel Sasso
Librairie Dialogues (Morlaix) -
❤ Lu et conseillé par
2 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Valérie Barbe de Au brouillon de culture (Caen)
✒ Lyonel Sasso
(Librairie Dialogues, Morlaix)
Le sujet de l’enseignant vacataire a peu été traité. Il trouve, sous la plume de Thomas Porcher, la plus remarquable des étoffes. Un essai brillant.
Ce livre de confidences mais, surtout, d’analyses de situations vient compléter une queue de comète déjà bien panachée : Enfances de classe de Bernard Lahire, Un hamster à l’école de Nathalie Quintane ou encore l’essai collectif La Haine des fonctionnaires, récemment paru aux éditions Amsterdam. Le sujet est sous-tension, tout comme l’ensemble du corps de métier d’enseignant. Thomas Porcher, pour traiter ce sujet brûlant, choisit l’incarnation. C’est--à dire qu’il nous montre, sur une journée, un corps au travail. Ce corps de vacataire ‒ statut précaire, insaisissable et mal connu ‒ est observé ici, dans sa tâche première, celle de transmettre coûte que coûte un savoir. La citation de Karl Marx placée en exergue de l’essai donne le ton. Celui d’un déterminisme social, reproduisant et reconduisant les mêmes élites, issues des mêmes classes. Porcher détaille ce plafond de verre que les couches populaires et paupérisées n’atteindront jamais. Face à cette structure hiérarchisée, le manque de moyens budgétaires n’a de cesse d’appauvrir le statut de vacataire. Pour autant, ces pages ne sont pas là que pour viser ce qui ne fonctionne pas ou plus. Dans le style et le choix narratif d’une journée à suivre, Porcher anime le débat. On se croirait chez Maurice Pialat, pour le réalisme rêche, lorsque l’auteur se lance dans le descriptif minutieux des lieux ‒ l’université de Tolbiac aux formes soviétiques surannées. Plus loin, la description brute d’une tranche de vie ‒ corriger ses copies dans une rame de métro entre deux cours ‒ revêt un aspect bouleversant. C’est l’analyse méticuleuse de cette angoisse permanente du retard, angoisse kafkaïenne, qui fait la force de ces chapitres particulièrement poignants. Il y a aussi les CDD cumulés qui accentuent la fragilité du travailleur et sa docilité. Le pire est bien la dissolution de l’estime de soi-même confrontée à une croyance populaire qui place l’enseignant comme un corps de métier privilégié. On remarquera aussi le talent de portraitiste de Thomas Porcher qui colore son texte d’une ironie féroce.