Dossier Le Complexe de Diane de Françoise d' Eaubonne

Lyonel Sasso Librairie Dialogues (Brest)

La mise en lumière d’un texte ancien de Françoise d’Eaubonne anticipant les grandes problématiques actuelles et une analyse magistrale de Manon Garcia forment un duo de lecture passionnant.

Ce qui relie ces deux ouvrages est une forme de résistance. Résister à la facilité, aux conclusions hâtives : voilà le lien indélébile entre ces deux autrices. Manon Garcia nous met en garde face à notre lecture rapide de ce qui détermine la notion de consentement. La vie de Françoise d’Eaubonne semble déjouer toute catégorisation. Sur le plateau de Bernard Pivot, lors de la publication des Bergères de l’Apocalypse, d’Eaubonne prônait l’épopée, ce que fut assurément sa propre existence. Autre parallèle les rapprochant, leur lecture d’une philosophie – celle de Simone de Beauvoir. Le premier livre de Manon Garcia, On ne naît pas soumise, on le devient, était un texte rendant hommage à la philosophe et sa pensée. Le Complexe de Diane est, lui, un texte réactif car il naît d’une colère. Suite à la lecture calamiteuse du Deuxième Sexe opérée par François Mauriac, d’Eaubonne est persuadée que: « Le sort des révolutions est lié à celui des femmes ». L’essai de Manon Garcia reprend cette impulsion première, celle d’une réactivité féminine permettant de former un concept de consentement nouveau qui établirait une portée émancipatrice et égalitaire. Mais le chemin est sinueux. Manon Garcia délimite très bien le consentement essentiellement structuré par le légal – la notion, dans ce cas, est vidée de toute sa complexité – d’une autre qui est, elle, entrevue de manière morale. Comme le précisait souvent Jankélévitch, la morale n’est pas une injonction punitive mais c’est ce qui veut le bien. La philosophe ne perd pas de vue ce désir premier lorsqu’elle analyse les faits politiques de nos vies privées car il s’agit bien là d’« érotiser l’égalité. » Pour Garcia, ce qui nuit à la compréhension d’un consentement éclairé, c’est la généralisation abusive. La voix des victimes de viol semble ensevelie sous les lourdeurs du judiciaire. Elle analyse également les rouages d’un libéralisme des corps qui n’épargne pas, parfois, la dignité humaine. La réflexion de Manon Garcia concernant la pratique du BDSM met bien en évidence la complexité du consentement uniquement entrevue de façon contractuelle. Ces notions d’individualisme, de politique et de liberté, Françoise d’Eaubonne les affronte, sans forme de compromis. Le Complexe de Diane est l’ouvrage d’une autodidacte. C’est incroyable d’inventivité et d’énergie : l’autrice fabrique une synthèse entre lutte des classes et lutte féministe des plus vivifiantes. Sa relecture des mythes antiques détricote le patriarcat et prône un positionnement plus prégnant des femmes concernant le politique et ses manifestations du pouvoir. Elle questionne les constructions sociales de la féminité et de la virilité, avec tendresse, rage et humour. Voici deux récits libres et importants à lire.

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