Chronique De silence et de loup de Patrice Gain

Marie Michaud Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

Avec De silence et de loup, Patrice Gain poursuit son exploration de l’affrontement inépuisable de la lumière et des ombres dans l’âme humaine. Il faudra les mots voyageurs d’une femme brisée mais debout pour que la vérité passe d’un monde à l’autre, du ciel immense de l’Arctique russe à la neige de la Chartreuse.

Sur les contreforts des Alpes, au cœur de la nature, loin du tumulte des hommes, se dresse le monastère de la Grande-Chartreuse. Là, prient les moines qui ont renoncé au monde et aux mots puisque l’isolement et le silence sont au cœur de la règle. Depuis deux ans, Dom Joseph est l’un d’eux et il tente intensément d’habiter sa nouvelle existence de prières et de solitude. Mais il suffit d’un paquet glissé au cours d’une promenade pour qu’il redevienne Sacha le temps de la lecture de ce qui se révèle être un journal de voyage rédigé par sa sœur Anna. Dès les premiers instants de sa lecture, il comprend que quelque chose de terrible est arrivé à Anna qui l’a conduit jusqu’à une fragile cabane dans la toundra sibérienne, seule face à face avec un loup. Pendant des heures volées à la prière, dans le secret de sa cellule, Sacha va suivre le chemin parcouru par sa sœur à travers ses mots, de sa vie tranquille de journaliste à la télévision régionale et de mère de famille épanouie à son choix de participer à une mission bénévole pour une ONG, le temps d’un hivernage, dans les glaces de l’Arctique. Dès son arrivée au nord du Nord de la Sibérie, Anna est confrontée aux difficultés de sa tâche, entre les autorités locales corrompues et autoritaires et les forces extrêmes de la nature qui semblent chercher à anéantir les hommes qui s’y aventurent. S’ajoute à cela la vie dans l’espace restreint d’un voilier où elle va apprendre à connaître Erwan et Loïc, les marins, Jens, le chef de l’expédition, Jeanne, Margot et Louise, les scientifiques, et Zoé, la cuisinière. Elle y fait l’expérience que le danger est aussi à l’intérieur, dans ce huis clos où s’affrontent les points de vue, où se confrontent les ego, où se révèlent les violences silencieuses et où se réveillent les souvenirs. D’ailleurs Anna le pressent : « La promiscuité, la nuit polaire et l’isolement sont l’ossature et le contexte idéal pour un roman noir ». Patrice Gain se révèle une nouvelle fois maître du genre, livrant un roman à la fois ouvert sur la nature et intimiste, à la violence en forme d’iceberg – ses formes visibles étant bien moins importantes et tragiques que ses aspects cachés et silencieux. On retrouve également les qualités narratives et stylistiques qu’on avait découvertes et appréciées dans Denali ou Terres fauves (Le Mot et le reste et Le Livre de Poche) qui donnent corps avec subtilité au clair-obscur qui habite chacun des personnages.

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