Chronique Les Étoiles les plus filantes de Estelle-Sarah Bulle

Nicolas Mouton Librairie Presse papier (Argenteuil)

Révélée en 2018 par son premier roman, Là où les chiens aboient par la queue (Liana Levi), réjouissant jeu de langage sur fond d’histoire familiale entre Guadeloupe et banlieue parisienne, Estelle-Sarah Bulle dévoile, avec Les Étoiles les plus filantes, sa capacité à se renouveler et une puissance d’invention dont le lecteur ne peut se déprendre.

J’écris ces lignes à l’heure où un Festival ferme ses portes sur une forêt de micros et de photographes, ce qui rend encore plus savoureuse la scène par laquelle s’ouvre le roman. Nous sommes à Cannes en mai 1959 et nous assistons à une interview plus vraie que nature de la jeune première d’Orfeu Negro, le film qui vient de se voir décerner la Palme d’or. Et dès ce prologue, beaucoup de choses sont dites. Puis, nous sommes renvoyés un an auparavant pour suivre l’histoire du tournage. Tournage d’un film mythique, transposant le mythe d’Orphée au Brésil, bercé par la bossa-nova et interprété par des acteurs noirs et presque tous amateurs. Toute l’ingéniosité d’Estelle-Sarah Bulle est de jouer avec l’absence d’archives et d’en faire l’aliment même du roman. Empruntant à tout le contexte de ces deux années (Nouvelle Vague, guerre froide, Cuba, Malraux inventant l’arme culturelle, le football, etc.), elle donne à lire une fiction où souvent les noms sont changés, mais plus réelle que n’importe quel document. On l’aura compris, ce roman virtuose est aussi une réflexion sur un genre qui écrit l’Histoire. Très finement agencé, le roman, parfois cinématographique, est aussi une fête de la couleur, de l’amour et de la jeunesse. On ne peut lâcher ces pages. Cependant, le temps du Carnaval est aussi celui des masques et chacun connaît l’issue du mythe d’Orphée. Les espoirs du monde, les acteurs, le réalisateur et même le film, ne sont pas les moins filantes des étoiles. Consignés aux Enfers des cinémathèques. Mais dans ce livre plein de passion et de tendresse, nul doute que les lecteurs trouveront leur Eurydice.

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