Littérature française
Adrien Bosc
L'Invention de Tristan

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Adrien Bosc
L'Invention de Tristan
Stock
09/04/2025
20,50 €
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Chronique de
Nicolas Mouton
Librairie Le Presse papier (Argenteuil) -
❤ Lu et conseillé par
7 libraire(s)
- Valérie Barbe de Au brouillon de culture (Caen)
- Deborah Vedel de Les Temps modernes (Orléans)
- Lyonel Sasso de Dialogues (Morlaix)
- Martin Knosp de Espace culturel (Saint-Grégoire)
- Benoît Lacoste de Aux feuilles volantes (Saint-Paul-lès-Dax)
- Margot Bonvallet de Passages (Lyon)
- Didier Devillaz de des Pertuis (Saint-Pierre-d’Oléron)

✒ Nicolas Mouton
(Librairie Le Presse papier, Argenteuil)
En trois romans, Constellation (2014), Capitaine (2018) et Colonne (2022), Adrien Bosc s’est affirmé comme un écrivain capable d’explorer avec force des destins fauchés par l’Histoire, la passion, la création. Ces textes, reliés par leurs initiales, forment peut-être un ensemble où l’auteur, sans qu’il y paraisse, livre beaucoup de lui-même. Avec L’Invention de Tristan, il inaugure un nouveau tournant dans son œuvre.
« L’arme du crime : il est possible que ce soit un livre. » Tout commence par une rencontre fortuite, à la manière de ces films où rien ne semble prémédité et où un personnage innocent va être entraîné dans une autre histoire que la sienne. Ce qui est d’ailleurs le sort de tout lecteur. Zachary, le narrateur, est un homme en errance entre la fin d’un amour, deux pays, son ex-belle-mère chez laquelle il dort et son travail de journaliste fact-checker. Dans une boîte de livres d’occasion, il tombe sur un roman mythique aujourd’hui un peu négligé : Le Seigneur des porcheries de Tristan Egolf. Il propose à son patron Henry Finder de partir à Paris enquêter sur cet auteur, célébré en France mais inconnu aux États-Unis, et de faire son portrait. La frontière semble mince entre journalisme et littérature : lire, rencontrer, vérifier et trancher entre légende et vérité. Car il y a une légende Egolf : celle d’un jeune auteur surdoué traînant avec lui un énorme manuscrit refusé partout, débarquant à Paris et survivant en jouant du Bob Dylan sur le pont des Arts. Son livre est publié par Gallimard et devient un roman culte. Ayant écrit trois romans, il se suicide à 33 ans. Adrien Bosc s’empare du sujet d’une manière passionnante et écrit le roman du roman où tout est vrai sauf le narrateur. On y croise Marie Modiano comme Rémy Lambrechts et se mêlent très habilement diverses écritures, mails, lettres, dialogues, articles de journaux, etc. L’auteur y développe de belles réflexions sur le tournant des lettres américaines dans les années 1990 avec des figures comme David Foster Wallace (le livre est dédié à Paul Auster). Méditations sur la littérature, difficultés à poursuivre une œuvre après un succès mais aussi éloge de tous les métiers du livre. Le narrateur est lui-même pris par son sujet et son aventure personnelle se confond avec la quête de Tristan, héros wagnérien, involontaire. Dans ce roman, qui est inventé ? Tristan ou le narrateur (et peut-être le lecteur) ? Et quelle est l’invention, si ce n’est celle de l’écriture et les hasards d’une vie ? La littérature ne peut se résumer et les vies des écrivains sont parallèles à qui les lit. « Les vestiges ne sont pas la vérité d’une histoire, ce n’est pas ce qui est le plus solide, mais ce qui est chimiquement fait pour tenir. » Ce roman passionnant devrait nous conduire tous à découvrir ou redécouvrir l’œuvre de cette étoile filante. Ce texte en forme de portrait éclaté est avant tout une aventure.