Chronique François Truffaut de Christine Masson, Laurent Delmas

Nicolas Mouton Librairie Presse papier (Argenteuil)

Inaugurée en 2015 par un Woody Allen, la collection « Film par film » de Gallimard s’orne aujourd’hui d’un superbe ouvrage sur François Truffaut. Écrit à quatre mains par Christine Masson et Laurent Delmas, producteurs de l’émission « On aura tout vu » sur France Inter, c’est une déclaration d’amour au cinéma.

François Truffaut, disparu prématurément en 1984 à l’âge de 52 ans, laisse une impeccable filmographie, des centaines d’articles, des livres essentiels, des entretiens plus passionnants les uns que les autres, mais surtout d’inconsolables orphelins qui ont appris à aimer le cinéma avec lui. C’est le sens de la belle préface d’Arnaud Desplechin qui ouvre cet ouvrage : Pourquoi François Truffaut nous est indispensable. Il relève une note manuscrite sur l’un de ses scénarios : « Ne jamais utiliser une scène de quatre minutes pour y déposer une idée. Mais trouver quatre idées pour chaque scène d’une minute. » Voilà, tout est dit : l’art de Truffaut, c’est l’absence de temps mort ; le cinéma intensifie la vie. Aussi le principe de la collection, faire le portrait d’un créateur à travers ses œuvres et non sa seule biographie, est-il ici particulièrement fructueux. Érudit sans le montrer, ce beau et bon livre reste ouvert aussi bien à l’amateur qu’au familier de Truffaut. De cette œuvre interrompue par la mort, la chronologie et les liens entre les films nous montrent la profonde unité, tout en dégageant de grandes périodes. Les auteurs nous mènent ainsi du premier court-métrage, Les Mistons, au dernier chef-d’œuvre, Vivement dimanche !. En distinguant un sommet dans le romanesque et la passion, Les Deux Anglaises et le continent (1971), « mon premier film », dira Truffaut. Il fut un véritable écrivain de cinéma et ce livre, par sa forme même, évoque le célèbre Hitchcock/Truffaut, à la différence que la photo y raconte plus qu’elle n’explique. Ce livre n’est pas fait pour être rangé dans la bibliothèque, mais pour être gardé près de soi pour y fréquenter un homme. Chaque œuvre peut se résumer à une idée fixe : écriture (Les Deux Anglaises), amour obsessionnel (Adèle H.), enfance (L’Argent de poche), vengeance (La Mariée était en noir), mémoire (La Chambre verte)… Une esthétique de l’épure et de l’intensité aussi ouverte au grand public que le cinéma des origines. Ne confiait-il pas qu’il aurait aimé débuter le cinéma en 1925, comme Hitchcock ? Séduisant pour les yeux, stimulant pour l’esprit et touchant le cœur, le livre de Christine Masson et Laurent Delmas fait le portrait d’un cinéaste, mais c’est nous qu’il feuillette. Les films de Truffaut sont des compas qui arpentent l’imaginaire de nos vies en tous sens, ordonnant un équilibre entre mémoire et passion.

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