Dossier Écris-moi vite et longuement de Françoise Sagan

Nicolas Mouton Librairie Presse papier (Argenteuil)

Deux nouveaux volumes viennent enrichir l’entreprise de réédition de l’œuvre de Françoise Sagan par Stock : une correspondance inédite et son dernier livre, agile et profond. Deux portraits pudiques d’une femme défardée.

Le lecteur de Sagan est comme Doisnel dans les films de Truffaut : il ne tombe pas seulement amoureux d’une fille, mais de toute la famille. Trois branches : les Quoirez, les amis et les livres. Écris-moi vite et longuement donne à lire ses lettres à Véronique Campion, la grande amie de sa jeunesse, rencontrée à 16 ans. Ainsi que le note dans sa belle préface Olivia de Lamberterie, on y retrouve « Françoise dans son plus absolu naturel ». Sous sa plume tout n’est qu’esprit, légèreté et gentillesse. Seuls comptent la littérature, Sartre, Rousseau et quelques notes d’Armstrong : « Je lis Rousseau, c’est très, très amusant. Il y a un moment où l’on comprend quel faux-jeton c’était et ça devient tordant. ». Ces lettres, qui peuvent se lire comme l’envers privé de textes comme Bonjour New York (1955) ou Avec mon meilleur souvenir (1984), au moment de sa première tournée américaine, ont le charme intense des premières fois et des amitiés absolues. On s’y dispute pour un rien et les réconciliations sont à croquer. Une gravité discrète court cependant dans ces pages et laisse deviner la moraliste : « Nous vivons au milieu des limites ». Cette rigueur, cette défiance envers la vanité, nous les retrouvons dans Derrière l’épaule, paru en 1998. L’entreprise est périlleuse : relire tous ses romans et dire ce qu’elle en pense. Le résultat est merveilleux, la langue souveraine et la littérature partout. Du plus sévère à l’indulgent, cette promenade dans ses livres est l’occasion d’anecdotes irrésistibles (sa première interview avec un journaliste bègue) et de réflexions sur la création : « Écrire, ce n’est pas se révéler, c’est projeter de soi-même l’image que l’on voudrait voir retenue par les autres, une image essentielle à découvrir pour chacun ». Elle parodie les critiques, parle poésie, évoque ses rencontres mais le personnage principal reste la mort qui rode et dépouille le cœur : « Je ne crois pas à la vie éternelle ni à la réincarnation, je suis athée depuis mes 14 ans, mais je n’arrive pas à croire non plus que je ne les reverrai jamais ; car les souvenirs vous sautent à la gorge à l’improviste et l’on se retrouve contre un mur, les yeux fermés, bafouillant un prénom ou un autre ». Ce livre magnifique est peut-être la meilleure façon d’entrer dans son œuvre ou de retrouver une voix amie.

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