Chronique Nungesser de Fred Bernard, Aseyn

Guillaume Boutreux Librairie M’Lire (Laval)

Nungesser, un one-shot virevoletant sur un as de l’aviation, réalisé de main de maître par un duo inédit d’acrobates de la bande dessinée, Fred Bernard et Aseyn.

Ce qui frappe d’emblée, c’est ce que virent aussi de malheureux aviateurs allemands avant d’être abattus : le blason à tête de mort peint sur les ailes de l’avion adverse. Un crâne, deux tibias croisés, deux chandeliers et un cercueil, le tout entouré d’un grand cœur, celui de Charles Nungesser, qui dévora la vie comme personne. En effet, parmi les as de l’aviation de la Première Guerre mondiale, Charles Nungesser fut à la fois le plus décrié et le plus admiré. Sa vie demeure l’objet de tous les fantasmes, celle d’un pilote exceptionnel, héros trompe-la-mort, insatiable coureur de jupons, provocateur infatigable… et homme d’affaires désastreux. Tout a été écrit sur lui. À tel point que, de l’aveu même des meilleurs spécialistes de l’aviation militaire, il est fort délicat de démêler le vrai du faux. Ainsi, évitant l’écueil de l’autopsie du mythe, Fred Bernard choisit de tirer sur un fil particulier de la pelote Nungesser, un fil discret, inconnu du grand public, tout juste objet de rumeurs, celui d’un amour inaltérable, caché aux yeux de tous, pour une femme mariée, habitant comme son père à Saint-Mandé. C’est donc elle, la belle et mystérieuse Émilie, qui nous narre l’histoire de Charles, parti à 15 ans faire fortune en Argentine et revenu sans le sou avant de se lancer à corps perdu dans la plus terrible des guerres. Tout ne sera plus alors qu’allers-retours toujours plus rapides, entre ses exploits terrestres, puis aériens, et les passages sans anesthésie entre les mains des chirurgiens, entrecoupés d’étapes sulfureuses dans les bras de ses maîtresses. De quoi forger une légende qui, malgré les difficultés d’un après-guerre peu propice aux héros de sa trempe, s’auréolera du dénouement inéluctablement tragique d’une vie menée tambour battant. Il ne fallait pas moins de deux pointures de la bande dessinée pour relater la vie d’un personnage aussi dense que celui de Charles Nungesser. D’abord, Fred Bernard au scénario. Auteur de nombreux ouvrages pour la jeunesse réalisés en collaboration avec le dessinateur François Roca, il s’est toujours intéressé aux personnages hors normes, passionnés. En témoigne son œuvre en bande dessinée (au scénario et au dessin) avec les aventures de Jeanne Picquigny, héroïne aussi intrépide que sensuelle, que l’on retrouve dans la trilogie La Tendresse des crocodiles, L’ivresse du poulpe et La Patience du tigre (Casterman). Si Fred Bernard possède l’art de la narration, c’est au dessin qu’Aseyn s’avère virtuose. Déjà auteur de trois bandes dessinées (Palavas Cowboy aux éditions Danger Public, Abigail chez Vraoum puis Le Palais des glaces à L’employé du Moi), Aseyn est un dessinateur assidu de la série au long cours de Thomas Cadène, Les Autres Gens (Dupuis). Avec Nungesser, on retrouve ce trait à la fois souple et précis qui sait se faire expressif pour les personnages et d’une minutie rare quand il s’agit d’engins volants. En outre, sur le noir et blanc, qui fait honneur à la qualité de l’illustration, Aseyn a su ajouter un grain, une patine qui confère au récit un parfum de vieux film héroïque. Bref, Nungesser a tout pour devenir aussi culte que son personnage !

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