Chronique L’Urgence et la patience de Jean-Philippe Toussaint

Par Mélanie Le Loupp, Librairie Lettre et Merveilles, Pontoise

L’écriture est un acte parfois douloureux que l’auteur considère souvent comme un saignement, une envolée, une nécessité ou une surprise. À travers onze chapitre, Jean-Philippe Toussaint nous fait partager son rapport à l’écriture, les lieux qui ont accueilli ses séances d’écriture et les grands auteurs qui ont influencé sa plume.

Jean-Philippe Toussaint a construit ce recueil d’articles – écrits tout au long de sa carrière – telle une spirale. Certains sont inédits, d’autres proviennent de revues, d’autres encore étaient des préfaces ou des contributions à des éditions françaises ou étrangères. Il y développe certaines théories et y mentionne nombre de souvenirs pour illustrer ses propos, et argumente notamment sa conception et son appréhension de l’écriture. En effet, il partage avec Baudelaire sa vision de la liberté que le poète nommait « un rêve de papier » . L’écriture serait dès lors un labeur nécessaire au fantasme que cet art suggère. Cependant, cette énergie déployée par l’écrivain se manifeste à la suite de deux émotions très distinctes : l’urgence et la patience. Ces deux qualités (ou défauts, selon le point de vue) sont pour Jean-Philippe Toussaint indispensables à l’élaboration d’un roman. « Tout commence et tout finit toujours par la patience dans l’écriture d’un livre » , mais pour produire, avancer ou encore motiver le projet, l’urgence des idées, des mots et des images est une quête nécessaire. Car la littérature, c’est s’abandonner à l’inconnu avec ses propres acquis. Les lieux où Jean-Philippe Toussaint a écrit ses romans semblent lui tenir particulièrement à cœur et sont sans cesse sources d’apaisement, de frénésie et surtout d’inspiration. Les halls d’hôtels, les destinations de vacances, les appartements mis à disposition pour écrire sont des espaces de création, ou plutôt de « construction » , comme l’auteur se plaît à l’écrire. En quoi une ville, un bureau, une salle de bain sont-ils à la fois si proches de la réalité et si aptes à servir nos besoins, si empreints d’un imaginaire tout à fait personnel ? L’objet qui est en tout à cas à l’origine de la vocation littéraire de l’auteur est le fauteuil. C’est dans ces fauteuils, dont il se souvient jusqu’à la couleur et la texture, qu’il a lu les romans les plus marquants de sa vie. De fait, il est évident qu’une des motivations premières à l’écriture chez Jean-Philippe Toussaint est la lecture. Dostoïevski, Flaubert, Proust et encore Samuel Beckett sont à l’origine de cette partie d’échecs que ce Belge mène depuis plus de vingt-cinq ans. À l’occasion de la sortie de son essai, Jean-Philippe Toussaint se livre à un exercice passionnant : il s’interroge sur l’écriture sans l’écrit, à travers une exposition au musée du Louvre (jusqu’au 11 juin) au cours de laquelle l’auteur présentera une sélection de films et participera à des conférences. Un catalogue, La Main et le Regard Livre/Louvre , paraîtra aux éditions du Passage. En bref, Jean-Philippe Toussaint est loin de nous lasser !

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