Chronique Les Fantômes du tsunami de Richard Lloyd Parry

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Delphine Demoures Librairie des Halles (Niort)

Le 11 mars 2011, le tremblement de terre qui a frappé le Japon fut le quatrième plus puissant de l’histoire de la sismologie. Le colossal tsunami qui a suivi a causé une catastrophe nucléaire aussi grave que celle de Tchernobyl. Le journaliste britannique Richard Lloyd Parry nous entraîne dans une enquête vertigineuse.

Correspondant du Times pour l’Asie, Richard Lloyd Parry nous livre un récit hypnotisant. Il mêle le ton journalistique à l’énigmatique. Grâce aux nombreux témoignages recueillis sans pathos mais avec précision et distance, il mène une enquête haletante. Il relie les histoires intimes à l’histoire collective, celle d’une nation meurtrie par cette tragédie et qui tente par tous les moyens de survivre et d’apaiser la mémoire de ces morts si brutales et si violentes. L’épicentre du séisme est également l’épicentre narratif de ce livre : l’école primaire Okawa, dans le village de Kamaya, où seulement quatre élèves sur soixante-dix-huit ont survécu. Cette école était située dans une vallée au bord d’un large cours d’eau qui est sorti de son lit et a noyé un vaste périmètre de la région environnante. Richard Lloyd Parry s’interroge et interroge les parents de ces enfants disparus : les consignes de sécurité ont-elles été respectées ? Pourquoi les enfants n’ont-ils pas été évacués, ni secourus et pourquoi attendaient-ils dans la cour de récréation juste avant le tsunami ? Comment les familles arrivent-elle à vivre malgré le poids du deuil et les blessures béantes des disparitions ? Cette tragédie a provoqué un cataclysme émotionnel : il y a eu 18 000 morts mais aussi la destruction de nombreux sanctuaires présents dans la plupart des foyers japonais. Or, dans la tradition japonaise, quand un être meurt prématurément ou violemment, il se transforme en « gaki », « un fantôme affamé » qui erre entre les mondes et semant la malédiction. « Quand les gens voient des fantômes, ils racontent une histoire. Une histoire qui a été interrompue. Ils rêvent de fantômes parce que cela leur permet de reprendre le fil de l’histoire ou de la mener à sa conclusion. » Le journaliste nous conduit dans l’exploration de ce phénomène, ce syndrome-post traumatique : les fantômes du tsunami hantent les survivants. « Les lieux où les gens voient des fantômes sont ceux où le tsunami a été le plus dévastateur », constate Keizo Hara, psychiatre à Ishinomaki, ville littéralement submergée et détruite. Sans jugement, l’auteur relate ces faits fascinants et surprenants pour les lecteurs occidentaux que nous sommes. Avec ce livre, l’auteur rend un bel hommage, sincère et vibrant à toutes les victimes du tsunami et à leurs familles. Dans un style vif, fluide et percutant, il nous emporte dans un Japon crépusculaire et il engage une réflexion sur le deuil, la disparition et la rédemption. On se plonge totalement dans la culture japonaise et dans la compréhension de cette terrible journée du 11 mars. C’est une immersion passionnante qui se lit, se dévore comme un polar et qui ne laisse pas le lecteur indemne. On s’attache aux héros ordinaires de la catastrophe comme on pourrait s’attacher et s’identifier à des personnages de fiction. Indiscutablement un grand texte de narrative fiction à la fois puissant, déroutant et complètement addictif. Remarquable !

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