Chronique Effacer les hommes de Jean-Christophe Tixier

Delphine Demoures Librairie des Halles (Niort)

Remarqué pour son premier roman Les Mal-aimés (Albin Michel), Jean-Christophe Tixier poursuit son exploration de l'âme humaine. Effacer les hommes nous embarque dans un village de l'Aveyron au bord d'un lac artificiel.

« Revenir sur cette terre était une épreuve à laquelle sœur Marie Clément-Maurice ne s'était pas préparée. Jamais elle n'aurait imaginé devoir un jour la fouler de nouveau, pas même portée par quatre croque-morts. Mais quand Victoire l'avait fait appeler, elle avait vu là l'occasion de renouer avec ceux qui lui manquaient tant. » Été 1965. Quelque part dans l’Aveyron, trois femmes se déchirent autour de l’héritage d’une auberge. Trois destins se nouent autour de ce bâtiment et de ce lac. Tout d'abord Victoire qui est sur le point de mourir. Elle y est venue en 1936 en épousant un viticulteur veuf plus âgé qu'elle et qui lui a acheté l'auberge. Ève, sa nièce, bientôt majeure et qui ne rêve que d'une chose : s'enfuir et être maîtresse de sa vie. Elle s'évade par la lecture avec les aventures de Barberella. Et face à elles, Marie, la belle-fille de Victoire, religieuse austère et héritière de l'auberge. Ce roman raconte l’histoire tragique de ces trois femmes en quête de liberté. Il est rythmé par la vie du barrage que l'on vidange, les secrets qui rejaillissent du passé et qui viennent entacher les mémoires familiales. Ce qui frappe dans ce huis clos oppressant, c'est le silence et l'épaisseur de ce silence. Un silence plein de sens, d'expression et d'attente. Un silence actif car jamais ces femmes ne cessent de se débattre. À la campagne, il y a toujours quelque chose à faire, à l'intérieur ou l’extérieur. Par son écriture précise qui lui confère une dimension très cinématographique, Jean-Christophe Tixier nous donne à voir et à entendre ces femmes. Elles évoluent dans un environnement âpre et violent, douloureux mais singulièrement beau et bouleversant. Une terre qui résiste, indomptable et féroce. Et dans cette noirceur la lumière se fraie malgré tout un chemin.

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