Bande dessinée

Piero Macola et Alain Bujak

Le Tirailleur

photo libraire

Chronique de François-Jean Goudeau

Etablissement Scolaire UCO de Laval (Laval)

Tourmenté, ballotté par le mouvement chaotique et inique de l’Histoire, Abdesslem aura eu toutefois, grâce à la rencontre fortuite avec le photographe Alain Bujak (nos mémoires individuelle et collective n’oublieront pas de remercier ici le hasard), le temps de nous offrir le récit de sa sombre odyssée de presque soixante-dix ans. Enrôlé de force par l’armée française en 1939, le berger de la montagne marocaine – où « l’air sent si bon que tu as envie d’en manger » – évoque avec pudeur la vie brisée des militaires « indigènes » qui ont connu les camps de concentration et nombre de « saloperie(s) de guerre(s) et de pays(s) », pour finir abandonnés, échoués dans une résidence sociale et sordide à Dreux. Un témoignage qui n’est pas sans rappeler le dernier excellent titre de Paco Roca, La Nueve (Delcourt), ou ceux, sensibles, d’Emmanuel Guibert (qui a d’ailleurs encouragé ce projet). Quand la bande dessinée du réel donne le meilleur d’elle-même.

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