Entretien A(ni)mal de Cécile Alix

Gaëlle Farre Librairie Maupetit (Marseille)

Les livres qui vous habitent des semaines après lecture ne sont pas légion, mais A(ni)mal est pour moi de ceux-là. Il y est question d’un sujet on ne peut plus contemporain et sensible, celui des migrants. Un sujet duquel Cécile Alix s’est emparée avec une force et une humanité rares. Entretien !

Comment est né ce roman et surtout le personnage de Miran ?

Cécile Alix - J’écris souvent pour un public plus jeune et dans un registre essentiellement humoristique. J’avais envie de m’essayer au roman ado-YA pour parler d’événements dans lesquels les personnages sont expulsés de leur vie quotidienne et abordent des questions existentielles. Par exemple : qu’est-ce qui nous fait avancer, pourquoi est-on en vie ? Je souhaitais créer un personnage qui avance et lutte pour vivre. Miran fuit son pays et s'ajoute aux rangs des migrants en quête d'un ailleurs.

 

Quitter, fuir, partir… migrer. Était-ce un sujet sensible que vous aviez à cœur d’inscrire dans une fiction ?

C. A. - Je me suis toujours intéressée au déracinement. Fuir son pays, c’est mourir un peu. Aujourd’hui, pour beaucoup de migrants, partir, c’est mourir complètement. On estime à plus de 23 000 le nombre de réfugiés qui ont péri en Méditerranée depuis 2014. Dans mon histoire, j’ai souhaité rendre hommage à ces victimes et donner un visage et une âme à un rescapé (un miraculé). Rappeler que ceux et celles qui arrivent chez nous dans ces conditions ressentent des émotions, ont des racines et une identité, même s’ils sont sans papiers. Un nom, une histoire permet à chacun et chacune d’exister individuellement et de s’extirper de la masse compacte et grise des migrants.

 

Miran est-il d'ailleurs un personnage de fiction ?  Je me suis posé la question notamment dans la première partie du roman – qui est le temps de la fuite, de la faim, de la terreur au creux du ventre – qui est si puissante qu'on croirait que vous êtes Miran. Comment vous êtes-vous documentée pour écrire A(ni)mal et si bien incarner Miran ?

C. A. - Je connais plusieurs Miran qui ont témoigné de leurs « aventures ». Un en particulier m’a raconté son voyage petit à petit, mot à mot, silence après silence, souffle court et regard noyé. Je n’ai pas rapporté le quart de ce qui lui est arrivé durant son trajet. J’ai aussi lu nombre d’articles, regardé des photos, des vidéos, imaginé les détails, les émotions ressenties dans ces conditions extrêmes. Je ne voulais pas faire un roman-reportage, mais inventer une histoire avec de l’épique, de la poésie, de l’espoir, des émotions et beaucoup d’« humain ».

 

À travers l'histoire de Miran, vous abordez les sujets de la dictature et de la terreur qu'imposent les passeurs, mais surtout la soif indicible de liberté et la quête désespérée d'humanité. Quelle importance ont ces sujets pour vous ?

Ce qui a surtout de l’importance pour moi, c’est le droit de tout humain de vivre libre et en paix. Pour aider ces personnes qui ont subi l’oppression, il faut souvent rassurer, non pas ceux qui fuient, mais ceux qui vivent sur la terre d’accueil et craignent l’envahisseur ! Lorsqu’en 1917 nous avons accueilli 400 000 Russes, nous étions en période de guerre, pourtant nous avons trouvé les moyens économiques nécessaires et ne sommes pas devenus subitement plus orthodoxes. Lorsque l’on parle uniquement de ceux qui migrent comme des clandestins, des illégaux, des sans-papiers, se met en place l’idée que l’on est face à une situation insurrectionnelle de guerre avec des pauvres qui montent à l’assaut des riches. J’aimerais entendre des discours politiques dire que les gens qui accomplissent de tels voyages sont courageux, forts, beaux dans leur désir de liberté et d’humanité. Et qu’il n’y a rien de plus naturel que ce désir.

 

Avant d'embrasser la cause des migrants dans ce roman, vous avez signé des biographies, vous êtes mise à la place d'un poney et d'un hamster ninja ; vous avez parlé du harcèlement et, à la lecture de La Street (Magnard), on jurerait que vous savez faire du skate. Rien ne vous arrête et vous semblez à l'aise dans tous les registres ! Qu'est-ce que représente l'écriture pour vous ?

C. A. - Le moyen d’enfin révéler ma véritable nature de poney-hamster ninja fan de skate ! Plus sérieusement, l’écriture pour moi est indispensable, comme respirer, manger, dormir et lire. C’est une forme de communication, une transmission d’émotions, de réflexions, d’idées et de questionnements. Écrire (comme lire) donne le pouvoir de s’enchanter, d’avancer, de comprendre, d’imaginer. C’est partager, ouvrir des fenêtres, écrouler des murs, se sentir fort et vouloir changer le monde !

 

À propos du livre

Miran, 15 ans, fuit son pays en guerre. Terrorisé, assoiffé et affamé, cet humain chemine malgré tout vers un ailleurs… meilleur ? Trouvera-t-il cela au bout de la route ? Sans tout révéler de la suite de l'histoire, Miran sera confronté au pire – la cruauté, la méchanceté, la torture psychologique – comme au meilleur – l'accueil, l'amitié inconditionnelle – du genre humain. Cécile Alix signe un récit puissant sur le parcours d'un migrant qui quitte d’une part un pays en proie à la dictature, mais également tout un pan de son histoire, sa famille. A(ni)mal rappelle à chaque instant qu’un migrant est une personne, avec une identité, et il est en cela éminemment nécessaire.

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