Littérature française

Pierre Adrian

Que reviennent ceux qui sont loin

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Chronique de Stanislas Rigot

Librairie Lamartine (Paris)

Une famille, ses liens et ses codes. Les vacances d'été et leur mirage d'éternité. En un peu plus de 200 pages, Pierre Adrian signe un roman mémorable sur toutes nos tribus et ce qu'il s'y joue.

Le cousin est de retour. Le cousin, c'est le narrateur, un jeune homme qui, après ce qui ressemble à des années d'éloignement, revient passer le mois d'août dans ce qu'il appelle la «°grande maison°». Cette grande maison, c'est l'austère et massive demeure où réside la grand-mère (qui approche bientôt les 100 ans) et qui, durant les vacances, depuis des décennies, dans un cycle immuable, accueille les différentes générations de la famille qui s'y succèdent, venues profiter du grand air et de la mer en contrebas de la propriété. Rien ne semble avoir changé, le ballet des uns et des autres étant parfaitement réglé, l'intendance impeccable. Mais pour le cousin, ce retour n'est pas si anodin : s'il est revenu rejouer son rôle dans ce mois d'août si particulier qui lui est cher, ce mois «°qui ressemblait le plus à la vie°», il est aussi conscient que ce monde qui est le sien, quoi qu'il ait pu en penser, sera amené à disparaître un jour. Ce regard adulte qu'il porte désormais aux siens, aux lieux, à ce qu'il s'y passe, se teinte alors inexorablement de mélancolie, entre présent et passé, générant une impression de distance. Après Des âmes simples, Pierre Adrian revient avec ce bref roman dont la langue, tout en travaillant à l'économie, à l'écorce même des mots, n'en dégage pas moins une force étonnante et une justesse déconcertante. Ce récit ténu transfigure son cadre. Un retour aux sources (bien loin du retour de l'enfant prodigue), une Bretagne esquissée sans clichés, une maison d'un autre temps, une famille aux strates qui ressemblent à tant d'autres (sans nécessité romanesque d'un quelconque terrible secret) : cette histoire oscille avec élégance entre le particulier et l'universel pour toucher son lecteur au plus intime.

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