Chronique Artifices de Claire Berest

Jean-François Delapré Librairie Saint-Christophe (Lesneven)

Après Rien n’est noir (Stock et Le Livre de Poche) où elle explorait la vie de Frida Kahlo, Claire Berest nous entraîne ici dans une intrigue artistico-policière où elle s’interroge autant sur l’art contemporain que sur les brumes du passé.

Abel Bac est un flic qui vient de se faire virer de son service. L’IGPN enquête. Abel a tout coupé, téléphone, liens avec ses camarades. Il se calfeutre dans son appartement avec ses orchidées dont il est maniaque obsessionnel. Camille est une collègue d’Abel. Elle cherche à le joindre, déroge aux règles des flics. Elle sent bien que cette sanction est foireuse, que cet Abel qu’elle croit connaître cherche peut-être à fuir un passé dérangeant. Elsa se réveille de sa cuite monumentale. Elle ne se souvient pas comment elle est rentrée chez elle. La mémoire va finir par lui revenir : c’est le voisin du dessous qui l’a jetée sur le lit. Cet étrange voisin qui semble terré chez lui la plupart du temps. Et il y a Mila, cette artiste invisible, Banksy au féminin, qui parcourt le monde entier au gré des performances qu’elle exécute, elle qui fait monter les enchères de millions de dollars en millions de dollars. On retrouve un cheval blanc vivant dans une salle de Beaubourg. Un cheval comme une œuvre d’art. Et si tout ceci n’était qu’un prétexte pour ramener Abel à son essentiel, à cette enfance qu’on préfère parfois oublier, même si, ici, quelqu’un sème de précieux cailloux pour que tout ressurgisse. Vous l’aurez compris, Claire Berest excelle à nous perdre en prenant l’art contemporain comme prétexte. Cet art contemporain en est-il un d’ailleurs ? Elle nous convoque à un jeu de dupes, brouille les pistes. L’écriture est habile, le roman avance tout seul et nous attrape par le col. Abel va devoir se pencher sur son passé, revenir dans cette petite ville et à ce bal du 14 juillet. Roman à tiroirs qu’il aurait peut-être fallu ne jamais rouvrir, Artifices est un gigantesque feu aux multiples couleurs, qui nous rappelle instamment que l’enfance est le socle de toute vie.

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