Littérature française

Catherine Mavrikakis

Le Ciel de Bay City

photo libraire

Chronique de Coline Hugel

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Avec puissance, et finesse, Catherine Mavrikakis nous emporte dans une réflexion sur la capacité d’échapper à son destin et sur l’importance du passé dans la construction de soi.

Dans ce roman brûlant qui parle de la banalité d’une ville du Michigan où tout est comme déjà mort, Catherine Mavrikakis – encore inconnue du lectorat français mais plus pour très longtemps ! – montre la morosité de la vie de la classe moyenne américaine à travers les yeux d’Amy, pendant les quatre jours qui précèdent ses 18 ans. Encombrée par les fantômes de sa sœur aînée, morte à la naissance mais dont sa mère est encore obnubilée, et de ses grands-parents morts à Auschwitz mais qui « vivent » dans le cagibi, elle tente d’exister entre le K-Mart, le lycée et l’autoroute, à l’image de cette adolescence américaine décadente. « À Bay City, dès ma plus tendre enfance, je regrette tous les jours d’être née ». Depuis toujours, sa mère cherche à occulter le passé, à cacher la part juive qui la hante. Elle rêve d’être une Américaine modèle, blanche et catholique. Pourtant, Amy sent bien qu’on ne lui a pas tout dit de son histoire. Intimement, elle sait sa judéité. Le jour de son anniversaire, dans une sinistre allusion à l’Holocauste, elle décide de mettre le feu à la maison familiale pour en finir avec ce cauchemar éveillé. Elle en ressortira vivante, et cependant encore plus traumatisée qu’avant. 

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