Littérature étrangère

Peter Heller

La Pommeraie

✒ Aurélie Baudrier

(Librairie L'Insomnie, Décines-Charpieu)

Dans ce roman publié en 2019 aux États-Unis, Peter Heller raconte, avec une grande délicatesse, un amour fusionnel entre une mère et sa fille. Il sublime, à travers ses descriptions somptueuses, la nature du Vermont. Chaque page du livre exhale l’odeur sucrée des pommes et les effluves fumées de thé Lapsang Souchong. Une pause de douceur et de poésie dans une réalité sombre.

L’histoire commence avec un petit coffre en bois d’érable, scellé depuis des années. La narratrice, Frith, vient d’apprendre qu’elle attend un enfant et se sent prête, enfermée par une journée de blizzard, à explorer son passé. Dans cette boîte, une pile de poèmes. Des textes splendides venus de l’âge d’or de la poésie chinoise, sous la dynastie Tang. Au rythme de ces feuilles, elle se remémore les saisons de son enfance, les épisodes de sa vie en autarcie auprès de sa mère, Hayley. Quand sa fille a eu 6 ans, Hayley a décidé de l’élever loin de tout, dans une petite cabane nichée dans un verger de pommiers. Exilée au cœur des montagnes, elle s’est mise en quête de quelque chose. Dans ce cocon, sans beaucoup de confort, elle se tenait loin des drames qui avaient façonné sa vie et aspirait à la sérénité. Leur quotidien était rude, laborieux, semé d’embûches mais finalement paisible. Elles subsistaient grâce aux pommes du verger et à la récolte du sirop d’érable. La jeune maman, traductrice de talent, passait ses soirées à traduire et à réciter, à la lumière d’une lanterne, les vers de la poétesse chinoise Li Xue. Concentrée, elle tentait de retrouver la musique particulière de chaque poème. Ces textes datant du début du VIIIe siècle et parlant de beauté, d’amitié, de chagrin et d’exil trouvaient un écho particulier auprès de Hayley. Mère et fille étaient tout l’une pour l’autre. Jusqu’au jour où Rosie, femme plus âgée au naturel désarmant, s’est imposée dans leur duo. Telle une offrande, son amitié protectrice va illuminer leur vie et ouvrir un nouveau chapitre dans leur existence. Tisserande de métier, elle va apporter la fantaisie dont elles manquaient. Et dans ce coin reculé, les liens que l’on tisse deviennent vite intenses. Le paysage des Green Mountains apparaît comme un écrin magnifique à cette histoire : la pommeraie, le bruit du ruisseau, les montagnes au loin, le murmure du vent dans les pins, la stridulation des grillons… Peter Heller décrit avec magie la beauté de la nature. Elle est ici exaltée. Elle peut sauver les êtres, apporter paix et réconfort. Pour lui, sa contemplation guérit de tout. Peter Heller nous offre, avec La Pommeraie, des pages impressionnistes d’une infinie délicatesse. Ce roman est un petit miracle comme la littérature sait en produire. Alors venez vous installer avec Hayley et Frith sur la véranda de la cabane et contemplez la beauté de ce monde.

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