Chronique L’Espoir, cette tragédie de Shalom Auslander

Christèle Hamelin Librairie Le Carnet à spirales (Charlieu)

Shalom Auslander dégaine une nouvelle fois sa plume acérée et son humour décapant. Il livre un roman encore plus irrévérencieux que les précédents et démontre à nouveau que le rire est un puissant antidote à l’horreur.

Salomon devrait être un homme heureux : marié, père de famille, il a fui la ville hostile et acquis une typique et jolie fermette à Stockton, petite bourgade américaine sans histoires (dans tous les sens du terme) afin de goûter pleinement les plaisirs de la campagne. Hélas, le bonheur n’est pas dans le pré. Et pour cause. Outre une chambre cédée à un locataire exigeant, une mère omniprésente soi-disant agonisante, affabulatrice de première classe qui s’invente un passé dans les camps de la mort alors qu’elle est née aux États-Unis en 1945, il est obligé de subir l’humeur détestable de sa femme. Il est aussi obnubilé par le choix des dernières paroles qu’il prononcera sur son lit de mort et par le raisonnement affligeant de son psy sur l’inanité et les effets pernicieux de l’espoir. N’espérez rien et tout ira bien ! Pour parfaire ce tableau idyllique, un pyromane sévit dans la région, augmentant les angoisses existentielles de Salomon. Enfin, une odeur pestilentielle flotte continuellement dans la maison et, cerise sur le gâteau, il découvre que son grenier est occupé par une vieille femme qui affirme être une illustre et malheureuse victime des camps de la mort. Dans La Lamentation du prépuce, comme dans Attention Dieu méchant, Shalom Auslander évoquait déjà avec beaucoup d’ironie son éducation très traditionnelle au sein d’une famille juive ultra-orthodoxe, son rejet des croyances, ses interrogations et ses doutes face à cette religion qu’il porte comme un fardeau. Dans L’Espoir, cette tragédie, on retrouve avec plaisir cet humour corrosif, cet esprit grinçant, ces réflexions et digressions sur le poids de la famille, de la religion juive et de la Shoah. Mais qu’on ne s’y trompe pas, cette irrévérence affichée, cette légèreté dans les propos, cache des sentiments plus profonds. Et l’on sent poindre derrière l’insolence du verbe une réelle analyse du comportement humain. Faut-il espérer ? Faut-il oublier ?

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