Chronique La Collection Morozov de Anne Baldassari

Arnaud Bresson Librairie Sauramps (Montpellier)

Sous ce titre provocateur, il ne s’agit pas d’évoquer quelques fantasmes d’époque mais bien de célébrer les audacieux mécènes russes du début du XXe siècle à travers le catalogue de l’exposition La Collection Morozov, Icônes de l’art moderne, se tenant actuellement à la fondation Louis Vuitton.

Cinq ans après l’extraordinaire succès de l’exposition de la collection Chtchoukine, autre grand collectionneur de cette Russie à la charnière des XIXe et XXe siècle, la fondation Louis Vuitton nous propose de découvrir les joyaux de la collection Morozov. Les frères Morozov, Mikhail et Ivan, héritiers d’une des dynasties industrielles russes les plus florissantes du XIXe siècle, ont accumulé une riche collection d’œuvres de cet art moderne naissant en ce début de XXe siècle. Parallèlement à Sergueï Chtchoukine qui le précède de quelques années dans l’achat de toiles de maîtres, c’est tout d’abord Mikhail, l’aîné de cette fratrie baignée très tôt dans le monde de l’art, qui acquiert ses premières œuvres russes, sur les conseils de peintres reconnus, Serov ou Korovine. Homme des arts et de la littérature, à l’aise dans les mondanités, il devient ensuite propriétaire de quelques toiles de grands peintres européens, peu mais de qualité incommensurable. Munch, Renoir, Degas, Monet, Manet puis Gauguin ou Van Gogh, s’accumulent dans son hôtel particulier. Cette quête s’interrompt brutalement avec la mort prématurée de l’entrepreneur à l’âge de 33 ans en 1903. Plus mesuré dans son comportement, Ivan, le cadet, s’inspire malgré tout de son frère pour débuter dans l’achat d’œuvres d’art. S’il est guidé initialement par les goûts de son aîné, il s’en démarque malgré tout avec, par exemple, l’acquisition d’œuvres magnifiques d’Alfred Sisley, absent de la collection de son frère. La rivalité avec Chtchoukine se perpétue dans la construction d’une collection exceptionnelle, jusqu’à la Révolution soviétique. Souvent présenté plus prudent dans ses acquisitions (les impressionnistes Van Gogh, Cézanne ou Gauguin), Ivan fait malgré tout preuve d'audace avec l’achat des premières œuvres des Fauves (Matisse, Derain ou Vlaminck) ou des jeunes peintres du moment (Marquet ou Picasso). Son hôtel particulier, où sont présentés ces chefs-d’œuvre, devient ensuite un véritable écrin, grâce aux panneaux décoratifs de Maurice Denis et Pierre Bonnard, ou aux sculptures de Maillol. L’évocation de ces grands noms de l’art témoigne de la richesse exceptionnelle de ces collections sur la période culturellement foisonnante des années 1890-1914. Le navire sur son océan vert qu’est la fondation Vuitton met en avant magnifiquement l’ensemble de ces chefs-d’œuvre et a le mérite de mettre en valeur ces peintres russes peut-être sous-estimés de ce côté de l’Europe. Le catalogue de cette exposition, dans ses choix de reproductions pleine page, dans sa documentation complète et détaillée, est le prolongement parfait et naturel de la visite mais peut, malgré tout, être un substitut délicieux pour les amateurs n’ayant pas eu la chance de parcourir les salles de cette rétrospective.

 

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