Chronique Écoute la ville tomber de Kate Tempest

  • Kate Tempest
  • Traduit de l’anglais par Madeleine Nasalik
  • Rivages
  • 10/01/2018
  • 428 p., 22.50 €

Géraldine Guiho Librairie La Buissonnière (Yvetot)

Kate Tempest est une Anglaise non flegmatique de 32 ans dont la grande passion semble être de distiller quelque chose de punk au royaume des lettres. Ce n’est certes pas une enfant sage mais c’est une romancière surdouée.

Dans Écoute la ville tomber, elle exhorte son lecteur à oublier ce qu’il connaît déjà de Londres : il faut laisser de côté les brouillards romantico-gothiques qui recouvrent la Tamise au couchant, le bouillonnement vertigineux de la City ainsi que le faste des palais royaux. Car c’est davantage dans l’urbanité d’une capitale poisseuse qu’elle nous plonge dès le premier chapitre, celui d’une cavale des plus cinématographiques. Nous voici dès lors au coude à coude avec quatre galériens en provenance directe d’une jeunesse biberonnée à la crise et qui n’ont, pour contenir leur désenchantement et leur soif d’idéal impossible à rassasier, que le recours à quelques combines bien souvent malchanceuses ainsi que d’éphémères plaisirs. En somme, ces quatre personnages centraux, dont les trajectoires individuelles stratifient littéralement le roman, sont les faces singulières d’une même figure à travers laquelle Kate Tempest dessine sur le vif – et c’est le moins que l’on puisse dire – le portrait de sa génération. La forme du roman est (volontairement ou non) influencée par le modèle de la série ou du feuilleton, à tel point que lorsque l’auteure établie scrupuleusement la généalogie des personnages, nous sommes comme projetés en plein spin-off. Son style est incontestablement musical, rythmé, nerveux. L’écriture est dense mais s’autorise de somptueuses échappées qui sont comme des respirations providentielles à l’intérieur d’un texte plutôt sombre. On y trouve aussi, et c’est sans doute le plus intéressant, quelque chose de l’ordre de la « digestion littéraire » dans sa manière d’aborder l’écriture. Comment faire du nouveau avec de l’ancien ? Comment rendre esthétique la laideur ? Comment rester honorable lorsqu’il a fallu se corrompre ? Autant de questions qui hantent à la fois les personnages, le roman en tant que tel et probablement Kate Tempest elle-même.

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